Sylvain Guintoli : ''Après Donington, je pleurais de douleur. Ici, on pleurait de joie''
Sylvain Guintoli : ''Après Donington, je pleurais de douleur. Ici, on pleurait de joie'' Sylvain a gravi pour la première fois ce week-end les marches du podium en championnat du monde Superbike. C'est un moment très important dans la carrière du pilote de l'équipe Effenbert Liberty Racing qui nous fait partager ici son aventure américaine.  "Les essais se sont bien passés. On n'a pas eu de chance avec le temps, malgré une journée sèche le samedi qui s'est bien déroulée pour moi parce que j'avais tout de suite un bon rythme. Dés la première séance qualif, j'étais dans de bons chronos immédiatement, cinquième pendant une bonne partie de la séance. Après je suis tombé en étant un peu optimiste. Le lendemain il pleuvait, mais la pluie ça me plait. Il faisait froid, il y avait des coulées de sable et de boue sur la piste, mais le grip n'était pas mal du tout. Sur la pluie, on a roulé 8 secondes moins vite que sur le sec, donc il y avait vraiment un super grip. En Superpole, je me suis bien placé avec le cinquième temps.

"Lors de la première course, j'ai pris un bon départ, ça s'est tout de suite bien enclenché. Je me suis bien battu, c'était top ! Je me suis fait plaisir, c'était vraiment le pied. Il y a eu une grosse bagarre. Checa a réussi à partir car il avait un rythme plus élevé que tout le monde. En fin de course, j'ai un peu galéré car mon pneu était usé et Kuba (Jakub Smrz) était plus rapide que moi. Il m'a rattrapé, j'ai essayé de le bouchonner pendant cinq tours (rire) mais j'ai fait une petite erreur, j'ai failli tomber et il en a profité pour passer. Après je ne pouvais pas le suivre, le quatrième était à cinq secondes, donc c'est mon premier podium et c'est top. Je suis vraiment super content. Pour l'équipe en plus, tous les deux sur le podium, c'est super.

"Pour la deuxième course, on a fait les mêmes choix, on n'a rien changé. La température de piste est montée pas mal et avec Kuba on a eu le même problème : j'avais du mal sur les drafts (aspirations) où je perdais beaucoup. Je suis revenu sur Melandri en milieu de course, mais je n'ai pas pu rester avec lui car je perdais trop de temps sur les accélérations. En fait, dans la deuxième course on a roulé plus vite, mais les autres ont roulé vraiment beaucoup plus vite. 

"On était content au niveau de l'équipe, et moi aussi sur un plan personnel. Après les blessures en Australie, depuis je me bats pour revenir, mais physiquement c'était dur, même maintenant je ne suis pas à 100%. Mais ça fait du bien.

Tu en es où physiquement ?

"Avec la chute de samedi, j'ai bien fini le genou droit ! J'avais complètement détruit le dessous, maintenant c'est le dessus, il n'y a plus de peau. C'est impeccable, le genou est bien refait. Au niveau physique, les fractures sont refermées. Au niveau de la cheville, le problème avec les ligaments c'est que vers la moitié de la course je perds de la précision sur la sélection des vitesses, surtout pour rétrograder. Au niveau de la main, en raison des problèmes de ligaments j'ai les doigts qui sont un peu recroquevillés, mais sur la moto ça va. Donc physiquement ça revient bien. Maintenant je peux reprendre mon entraînement physique. Ça fait trois mois que je n'ai pas pu en faire énormément à cause des ligaments et du problème du genou.

Qu'est-ce qui explique d'après toi le succès des Ducati à Salt Lake ?

"Dans les conditions de piste difficiles, comme en première manche, la Ducati est efficace, elle génère beaucoup de grip. On a réussi à faire le triplé car les conditions de course nous ont aussi un peu favorisés. A part à Monza où on a trop le désavantage de la puissance, partout ailleurs la Ducati est une moto polyvalente et qui va bien aller sur les circuits qui restent. 

Sachant qu'il y a 13 pilotes officiels, pour une équipe comme la tienne qui débute cette année, deux pilotes sur le podium ce n'est pas mal…

"C'est sûr, ils étaient fous ! Un team italien avec des Ducati, ils sont devenus fous. Les deux motos sur le podium, pour eux c'était super. Ils ont mis en place le team qui a tout de suite bien fonctionné, et là maintenant les deux pilotes devant, c'est top. Je pense que quand Kuba est revenu sur moi pendant la première course, ils ont dû serrer les fesses (rire). Ils n'avaient pas envie que ça ressemble à Assen ! Il est sûr que pour eux c'est une belle aventure. Quand les deux motos passent devant, c'est fabuleux. 

Pour toi avec cette course-là, la situation évolue considérablement. Ça fait un gros changement. Comment vois-tu la suite ?

"Je crois que j'ai gagné 7 places au championnat. Ça fait du bien. Et puis ça fait aussi du bien à la tête. Quand tu te blesses et que tu galères… A Donington, j'ai roulé avec les fractures et à la fin de la course je pleurais de douleur. Ici, à la fin de la course on pleurait de joie. La course moto c'est fabuleux quand ça sourit, c'est génial. Mon rythme est revenu et ce podium me donne de la confiance. Je pense que ça devrait bien se passer. La prochaine course a lieu à Misano, qui est un des circuits que je préfère, donc j'espère vraiment rééditer."

Photo : Sylvain Guintoli (© librelatitude.com)