Steffie Naud : ''Je vais beaucoup mieux !''
NationalSteffie Naud : ''Je vais beaucoup mieux !''
Les 2 et 3 avril derniers, à Nogaro, Steffie Naud, 20 ans, était victime d'un très grave accident sur le circuit de Nogaro, où elle prenait part à l'ouverture des Coupes de France Promosport sur sa Kawasaki ZX-10R. Le chemin a été très long et très difficile. Selon les médecins, ses chances de survie étaient quasi-nulles. Mais Steffie a tenu bon. Tout pile un mois après, nous l'avons contacté pour prendre de ses (bonnes) nouvelles.
Alors que nous lui proposions de rédiger une bafouille pour le site de Sport-Bikes si elle le souhaitait, elle et son papa nous ont envoyé ce long message, qui retrace l'ensemble du chemin accompli depuis le week-end précédant Nogaro, jusqu'à aujourd'hui. Nous avons choisi de le retranscrire dans son intégralité. D'une part, parce que cela a dû leur faire du bien d'écrire tout ça. Et d'autre part, car cela nous rappelle à quel point la vie est précieuse.

Samedi 26 & dimanche 27 mars
"Aucun essai libre n'était prévu le jeudi, et je n'avais aucun roulage à Nogaro avec les Dunlop sur mon ZX-10R. Nous décidons donc, mon père et moi, de participer aux Pirelli Days avec Box 23 et l'équipe de Vincent Boquet le week-end précédent.
Après avoir fixé une pendule de référence avec des slicks de Superbike, on chausse des Pirelli Supercorsa Pro qui sont très proches des Dunlop D211 en termes de réglages châssis.
Même si la petite pluie du dimanche matin nous met un peu en retard, la moto est quasi réglée à la fin du week-end et Vincent (Boquet), collé à mon dosseret dans la dernière séance, me filme avec sa caméra embarquée pour m'aider à comprendre mes erreurs.

Vendredi 1 avril matin
La première séance libre nous permet de peaufiner les réglages, surtout que nous connaissons très précisément l'écart avec les Supercorsa. Le châssis et les suspensions EMC sont réglés au top, et les chronos descendent très vite dans des conditions de piste excellentes.
Je pourrais aller plus vite, mais il faut prioritairement affiner les réglages et valider (ou invalider) ce que nous avons vu avec l'aide de Vincent Boquet.
L'après-midi, on valide en 20 minutes tous les réglages et une traj' de ouf qui pourrait bien s'avérer déterminante aux qualifs !

Samedi 2 avril matin
C'est la séance qualif des numéros pairs (j'ai le 104). Mon père me dit : "Tu imposes un rythme d'entrée, tu prends une ou deux roues rapides, et ensuite tu assures ton chrono seule pour utiliser ta traj sans gênes."
Je fais tout comme il a dit, et j'obtiens le 20e temps de ma série en 1'38"2, à 5" de la pôle. C'est suffisant pour viser la qualif A dès la première course, alors que je me fixais cet objectif pour Lédenon seulement.

En course qualificative l'après-midi, il y a 19 places. Il faut donc faut jouer fin, et surtout ne pas foirer le départ. Le stress est bien géré (merci coach !), ça part comme une balle (on est très loin de la Coupe Kawa en ER-6…).
Au premier passage, je suis pointée 20e. Je n'ai donc pas perdu de places, mais je n'en ai pas gagnée non plus. Je reste concentrée sur mes trajectoires et j'étudie le pilote devant moi. Je peux le passer à deux endroits, mais je lui montre d'abord ma roue deux tours de suite. Au quatrième tour, drapeau rouge ! La rage, juste au moment de l'attaquer !

Nouvelle procédure, je repars 20e. Mais du coup, il y a deux tours de moins, et il faut refaire tout le boulot. Départ nickel, comme le premier... Ouf, c'était chaud pour garder sa place dans l'escargot !
Je suis 20e au passage sous le feu, pas question de lâcher le bon wagon.
Derrière, mon suiveur est à plus d'une seconde en deux tours, c'est le moment d'en profiter pour tenter une attaque. Il reste deux tours : j'élargis fort dans le gauche, et j'accélère plus tôt pour prendre le droite qui conditionne la longue ligne droite. C'est suffisant pour revenir très vite au cul du pilote devant moi et comme je sais qu'il freine tard mais garde les freins longtemps, j'arrive au freinage à sa hauteur et je relâche avant lui. Je suis pas lourde, ça passe.
J'attaque le dernier tour en 19e position. Le pilote devant n'est qu'à une quinzaine de mètres, et je reviens sur lui dans le technique. Je refais le coup du gauche très tard, au risque de me refaire piquer la place, mais je n'entends pas de menace. Je n'ai pas eu le temps d'étudier le gars devant, mais je retente le coup en bout de ligne droite, au freinage. Ça passe, sans même réfléchir, tout pareil.

Dans ma tête, je suis 18e quand je passe sous la passerelle Dunlop. Surtout, ne rien lâcher dans le double droit. Mais à la sortie, excès de confiance ou déconcentration,
le repose-pied frotte un peu plus fort que les autres passages. L'arrière décroche et c'est la chute.
Petite chute, qui serait sans conséquence. Sauf que là, le pilote qui me suit, surpris, me percute de plein fouet.
C'est horrible, je ne peux plus bouger, je ne peux plus respirer, je sais que je vais mourir !"

Mon père, mon coach, raconte la suite
Steffie


Samedi 2 avril
"Il a fallu attendre 2h30 au PC médical du circuit avant que l'hélico puisse emmener Steffie, dans un état jugé critique. Dans l'hélico, Steffie fait un arrêt cardiaque. La décision est prise de détourner l'appareil sur Auch, aucune chance d'arriver à temps à Toulouse. L'équipe médicale la prend en charge pour enlever la rate éclatée et stopper l'hémorragie le plus vite possible.

Dimanche 3 avril
Il est 2h05 quand l'équipe médicale décide de transférer Steffie au CHU de Toulouse Rangueil, où les moyens sont plus importants en réanimation.
Dimanche matin 8h00 : le médecin chef du service réanimation nous reçoit, mon fils Nicolas et moi, pour un briefing rapide. Les chances de Steffie sont quasi nulles, il faut préparer la famille au pire. C'est extrêmement dur. Elle est sous assistance maximum : cardiaque, respiratoire, rénale, et sous transfusion permanente. Le coeur est totalement emballé, à plus de 170 pulsations par minutes, du fait du manque de sang, et la tension est inférieure à 8. Sans machines, c'est le stop immédiat.
Malgré cela, avec Nicolas, nous décidons de ne rien dire sur l'extrême gravité de son état, et de garder cela pour nous. Le médecin nous fait entrer en réa pour l'embrasser une dernière fois. Vous imaginez notre détresse…

Commence une longue attente, chez Max, qui nous prête sa maison à Toulouse, le temps qu'il faudra, et qui s'échine à nous remonter le moral.
Steffie est placée en coma artificiel. Intransportable, on ne peut faire aucun examen, on sait seulement que son coeur est toujours actif. En quatre jours, son état se stabilise. Les toubibs tentent un réveil progressif.

Vendredi 8 avril après-midi
Le miracle s'accomplit enfin : nous sommes auprès d'elle, sa mère et moi. Elle ouvre deux yeux exorbités, comprend qu'elle ne peut pas parler et fait signe qu'elle veut écrire. Je lui donne crayon et lui tiens le bloc notes. Elle écrit tant bien que mal : "J'ai perdu l'arrière, la moto jaune m'a tapée." Devant mon air consterné, elle poursuit : "Demande commissaire", pensant que l'accident s'était produit il y a 10 minutes. Je ne réprime plus mes larmes. Alors, elle comprend, et écrit : "Coma ?" On lui répond oui. Et elle poursuit la communication : "Combien ?" Une semaine ! Elle se met à pleurer, on la rassure, on lui dit notre bonheur, et elle poursuit, inquiète : "BE ? Stage ?" J'ai appelé toutes les filles, elles ne veulent pas annuler, mais reporter ce stage pour ne le faire qu'avec toi. J'ai tout arrangé avec Gérald au CEERTA, et prévenu Mr Meunier, le reporter, qui devait nous faire un papier.
Elle me fait merci, et poursuit : "Je suis heureuse d'être là, remercie médecins et commissaires."

L'infirmière arrive, je lui montre l'intégralité de la communication de Steffie. Elle est consternée et court chercher le médecin. On nous demande de sortir. Du coup, Steffie panique, et s'agite tellement qu'il faut la remettre en coma artificiel.
Le danger est loin d'être écarté comme nous explique son médecin, Hélène Gonzalès, en réunion.
Toutefois, cette réaction est plus qu'un sursaut de vie du fait de la lucidité de Steffie, et sans lever le pronostic vital, le médecin ne nous cache pas son espoir.

Samedi 9 avril
Du fait du retour à la vie de Steffie et de son état comateux, les médecins lui font des examens complémentaires. Bilan au briefing de 15h : un rein définitivement mort, l'autre semble reprendre doucement ses fonctions, et la dialyse est supprimée. La rate, on n'en parle plus, les poumons sont gravement touchés du fait de l'écrasement de la cage thoracique, 7 côtes sont brisées en multiples morceaux (23 fractures décelées), mais n'ont pas perforé les poumons. Un double pneumothorax sera très long à résorber. On s'en fout : pour nous, ce ne sont que des bonnes nouvelles…

Dimanche 10 avril
Steffie nous attend à la visite de 15h, à demi assise, la télé allumée. Je suis sur le cul.
On lui à placé une ardoise et un marqueur pour communiquer. Après les gros bisous d'usage, on lui explique que ses sponsors et amis de Vichy ont créé un comité de soutien sur internet, et qu'ils sont déjà prés de deux milles adhérents pour la soutenir et soutenir sa famille. Les circuits d'Issoire et de Nogaro ont organisé une journée de roulage, spécifiquement pour elle. Le circuit Carole attend les autorisations pour faire de même. La FFM appelle chaque jour pour rester informée "au plus près". Même Christain Bourgeois, le patron de chez Kawa, reste en contact permanent et nous dit son bonheur et son espoir de la retrouver très vite.
Autant de grandes nouvelles, qui avec l'affection de chacun, lui donnent la force de se battre. Elle écrit sur l'ardoise : "Dit leur merci. Dit leur, je suis forte et je vais revenir très vite."

Lundi 11 avril
Je viens d'avoir son médecin au téléphone. Le nouveau système de drainage (pour le pneumotorax) est bien plus efficace. Nous avons une nouvelle pour notre hyper conquérante Steffie : une réunion médicale est prévue aujourd'hui pour décider d'une tentative de retrait d'assistance respiratoire, et reformuler le pronostic vital.

Mardi 19 avril
Steffie est transférée de Toulouse au CHU de Clermont-Ferrand. Elle y reste 24h en observation, puis est transportée le mercredi à la maison pour être médicalisée à domicile.
Avec les soins et l'entourage de tous ceux qui l'aiment, la gamine reprend doucement du poil de la bête. Nous avons eu une seule alerte dans la nuit du lundi de Pâque, où il a fallu rappeler le SAMU. Depuis, rien à signaler d'inquiétant. Il faut laisser faire le temps.

Samedi 30 avril
Nous avon
s emmené Steffie voir rouler les copains sur le circuit d'Issoire. Elle a pu constater que ses poulains (les pilotes qu'elle forme en qualité de BE) ont fait de gros progrès. Je crois même qu'ils se sont donnés à 200% pour qu'elle soit fière d'eux.
Pour le moment, le retour en compétition n'est pas à l'ordre du jour. Mais reprendre son activité de formatrice est inéluctable pour Steffie. La passion reste intacte, et c'est là, je crois, le principal vecteur de sa guérison. Aujourd'hui Steffie dialogue sur le net, répond au téléphone, et passe son temps (un comble) à rassurer ceux qui se font du souci pour elle !"

Amitiés sportives,
Jean-Jacques, le papa de Steffie


Photo : Steffie entourée de ses proches ce week-end, à Issoire - DR