Souvenir : Notre visite chez Marco Simoncelli fin 2010
Souvenir : Notre visite chez Marco Simoncelli fin 2010 Grâce à son ami et manager Carlo Pernat, Marco Simoncelli et sa famille avaient accepté que Sport-Bikes leur rende visite dans la maison familiale, à Coriano, fin 2010. Après des débuts discrets l'an dernier en MotoGP, Marco Simoncelli est monté en puissance en fin de saison en rentrant régulièrement dans le top 6, en frôlant le podium au Portugal, puis en partant de la première ligne à Valence. Du haut de ses 1 m 83, le "grand" copain de Rossi sera certainement un adversaire de taille en 2011, d'autant qu'il continue son apprentissage dans le très bon team Gresini, toujours au guidon d'une Honda d'usine. Rencontre avec "Super Sic", le surnom qu'il porte depuis ses débuts en Grands Prix.
Se faire inviter par un pilote MotoGP dans sa propre maison est assez rare pour qu'on le souligne. Pourtant, après Loris Capirossi l'an dernier, Marco Simoncelli, la jeune étoile montante de la catégorie reine, a bien voulu nous ouvrir les portes de chez lui, ou plutôt de chez ses parents, puisqu'il habite toujours chez eux.
C'est au lendemain du Grand Prix de Saint Marin que Marco Simoncelli nous a proposé de nous rencontrer. Après une course "à domicile" difficile ("la pire de l'année", nous confiera-t-il même plus tard) puisqu'il a chuté après huit minutes de course, il nous attend dans la maison familiale, située dans le petit village de Corriano di Rimini, à une quinzaine de minutes du célèbre circuit de Misano Adriatico. A la sortie du village, une petite route serpente à travers les champs, puis nous tournons sur un chemin privé à l'issue duquel une vaste maison apparaît, mais qui semble attendre son crépi depuis plusieurs années. A 24 ans et malgré son statut (et ses revenus) de champion du monde, Marco Simoncelli habite toujours chez ses parents. Il n'y a rien d'ostentatoire dans le jardin comme dans la maison. Pas même de voiture de luxe. Seule une vieille Mercedes noire a planté ses roues dans le jardin : "Elle est en panne, nous expliquera Marco. Son moteur a 500 000 km et c'est la voiture qu'on utilisait il y a quelques années pour aller faire le championnat italien de minibike." Plus tard, Marco nous ouvrira quand même les portes de son garage, rempli de motos de cross, de supermotards, mais aussi des vestiges de sa jeunesse (minimotos, scooters, etc.). Au milieu des champs et des vignes, Simoncelli baigne dans tous ses souvenirs d'enfance, comme ce chemin goudronné qui mène à la maison : "C'était le plus long et le plus beau circuit du monde quand j'étais gosse", raconte-t-il dans sa biographie*. "Je m'y suis fait plus ou moins mal dans presque toutes les situations : en moto, en scooter, en bicyclette, en patins à roulettes, à pieds et même un frontal avec la voiture de ma tante !" Rossella et Paolo, ses parents, ont su très vite que leur fils deviendrait un jour pilote moto, et ils ont toujours fait le maximum pour qu'il réussisse. Paolo a même vendu sa "gelateria" (son magasin de glaces) pour pouvoir le suivre en championnat du monde. Marco a toujours été très proche de sa famille. Ses parents et sa petite sœur Martina, 12 ans, l'accompagnent souvent sur les circuits où ils partagent tous le grand motorhome : "Quand ils me suivent à l'étranger, c'est comme si j'étais encore un peu à la maison." Pendant que Rossella range la cuisine, que Martina fait ses devoirs et que Paolo feuillette un Sport-Bikes, Marco Simoncelli répond à nos questions.

Marco, parle-nous un peu de l’endroit où tu as grandi et où tu vis toujours…
C’est la maison dans laquelle j’habite depuis que j’ai deux ans. Avant, nous vivions à Riccione. On a changé de maison pour aller à Corriano. J’ai grandi ici avec ma famille et mes chiens, Max… comme Biaggi – non, je rigole ! – et Sanson. Quand j’étais petit, j’adorais rester dehors, avec mes chiens, ma moto. J’ai eu ma première moto à l’âge de 4 ans. C’était un cadeau de Noël, une mini-cross, et j’ai appris à faire de la moto autour de la maison. Mon grand-père était viticulteur. Quand j’étais jeune, ma famille cultivait la terre, mais maintenant, les terres sont en fermage.

Tu n’as pas envie de t’acheter ta propre maison, maintenant que tu gagnes bien ta vie ?
Oui, bien sûr, j’y pense, peut-être l’année prochaine, pour vivre avec ma petite amie Kate, avec qui je suis depuis quatre ans, mais qui vit et travaille à Bergame. Mais pour l’instant, je me sens bien avec ma famille.

Tu resteras dans ta région ou bien est-ce que tu t’exileras à Londres, Monaco ou en Andorre, comme beaucoup d'autres pilotes ?
Non, je me sens bien en Italie, j’aime ma région. J’achèterai donc une maison dans le coin, car je n’ai aucune envie d’aller vivre ailleurs.

Il doit y avoir beaucoup de gens qui te reconnaissent dans la rue. Tu trouves ça plutôt sympa ou bien de plus en plus difficile ?
Lorsque l’on est sur la piste, c’est très important pour nous de nous sentir supportés. C’est un peu plus difficile à vivre, en revanche, dans le paddock car, parfois, il faut une demi-heure pour faire dix mètres entre le box et le camion (rires). C’est sympa, mais ça prend du temps d’avoir tout ce monde autour de nous, surtout en Italie. Dans la rue, beaucoup de gens me reconnaissent, mais ça va, ça ne me dérange pas, ils sont respectueux. En discothèque aussi, il y a parfois beaucoup de gens autour de nous (rires).

Comment occupes-tu tes journées ici ?
J’aime aller à la plage avec mes amis, faire du motocross, du kart, mais aussi jouer au football. J’adore faire du sport en général. Avec Valentino, on a le même entraîneur et on se rend à la salle tous les jours quand on est chez nous. Et puis j’aime bien aussi rester à la maison.

Ici, c'est la Riviera italienne. Tu sors beaucoup ?
J’aime bien, mais on ne sort pas tant que ça, peut-être une ou deux fois dans l’été. Je n’apprécie pas de me coucher tôt. En général, on se fait des repas et des soirées entre amis, chez les uns ou chez les autres.

On sait que tu aimes bien faire du cross à la Cava (une carrière de pierre tout près de Rimini) avec Rossi et tes copains. Tu n'as pas peur de te blesser ?
Pour moi, le cross est important pour l’entraînement, mais c’est sûr que c’est dangereux car il est difficile de rouler calmement entre nous. Et c’est clair qu’on maîtrise moins nos machines de cross que nos machines de vitesse. Quand il se passe quelque chose, on ne sait pas toujours quoi faire. Cette année, j’en ai un peu moins fait car, depuis le mois de mai, j’ai un problème à un os. Mais il vaut mieux attendre la fin du championnat pour aller faire du cross.

Tu es très copain avec Valentino Rossi. Quand et comment t’es-tu lié d’amitié avec lui et vos relations sont-elles restées les mêmes depuis que tu es passé en MotoGP ?
Oui, nous sommes très bons amis. On s’est rencontrés sur le paddock et on est devenus copains. On a dû se parler pour la première fois à la clinique mobile. Depuis, on fait des trucs ensemble, comme aller faire du cross à la Cava. Notre amitié est devenue de plus en plus forte et le fait qu’on soit dans la même catégorie cette année n’a rien changé. J’espère que ça continuera comme cela. A part sur les courses italiennes où on n’a pas le temps, en général, le samedi, on se fait une partie de baby foot à son hospitalité. Mais là, cette année, depuis que je suis chez Honda et lui chez Yamaha, c’est un peu plus compliqué d’y aller (rires).

Tu discutes parfois avec lui de tes courses, du pilotage ou des problèmes que tu peux rencontrer ?
Oui, nous en avons déjà parlé, mais plus quand j’étais en 250 que maintenant (il explose de rire) !

Que penses-tu du passage de Valentino chez Ducati ?
Il est clair que c’est une décision courageuse, car il a déjà relevé le challenge avec Yamaha et il a décidé de le faire à nouveau avec Ducati. C’est toujours un risque, mais pour moi, s’il a pris la décision, c’est qu’il sait ce qu’il fait et que c’est le bon choix. Je suis sûr qu’il obtiendra aussi de très bons résultats avec la Ducati. J’espère pour lui qu’il réussira.

Aimerais-tu, un jour, être son coéquipier ?
Oui, bien sûr. Nous sommes très bons amis, donc je pense que nous pourrions être aussi de très bons coéquipiers.

As-tu d’autres bons amis parmi les pilotes ?
Oui, je suis également très ami avec Raffaele de Rosa, Mattia Pasini. On vient tous du même coin et on se voit en dehors du paddock. Raffaele a passé beaucoup de temps chez moi, il dormait souvent ici quand il courait dans le team de Fiorenzo Caponera en 125. Nous sommes très amis. Avec Mattia, on se connaît depuis qu’on est gosses car, lorsque je faisais de la minimoto, j’en possédais une construite par son père.

Carlo Pernat est ton manager. Comment en êtes-vous arrivés à travailler ensemble ?
J’entends parler de Carlo depuis que je suis gamin, car je regardais les courses à la télé. Je savais donc qui il était, mais je le connais vraiment depuis 2007. Je lui ai demandé s’il voulait bien nous aider, mon père et moi, pour les relations avec les équipes et les usines ainsi qu’avec les journalistes/médias. Il a accepté. Nous avons de bons rapports ensemble, je suis très content de travailler avec lui, car c’est quelqu’un de très gentil et de très sérieux. On sait qu’on peut lui faire confiance et qu’il est compétent.

Es-tu satisfait de ta première saison en MotoGP ?
Les débuts ont été difficiles, surtout les essais hivernaux, car j'ai trop chuté. Mon objectif, avant la fin de l’année, était d’essayer d’améliorer mon feeling avec la moto (surtout sur le train avant), d’être plus rapide et de me battre pour le top 5 ou 6 à chaque course. Je suis donc très content d'avoir atteint mes objectifs et très confiant pour l'an prochain. Je ne me suis pas encore fixé d'objectif en termes de position au championnat, mais j'espère me battre dans le top 5 à chaque course.

Au niveau de l’adaptation, qu’est-ce qui a été le plus dur pour toi en arrivant en MotoGP ?
L’électronique, car c’est complètement différent de la 250 et il y en a tellement. Le plus dur et le plus long, c’est de comprendre toute cette électronique. Ce n’est qu’à partir du GP d'Allemagne qu’on a commencé à avoir un meilleur feeling. A Laguna Seca, on a reçu une nouvelle électronique et il a fallu tout recommencer car elle n’avait plus rien à voir avec l’ancienne. Ça nous a causé quelques petits soucis.

Es-tu d’accord avec Valentino lorsqu’il dit qu’il y a trop d’électronique sur les MotoGP ?
C’est sûr qu’aujourd’hui, avec une électronique bien réglée, nos motos peuvent être parfaites. Ça nous permet d’être très réguliers durant les courses. Mais s’il y a moins d’électronique, je pense qu’il y aura la possibilité de faire plus d’erreurs et donc il peut y avoir beaucoup de rebondissements pendant les courses. Pour ça, je pense que ce qu’il dit est vrai.

On t’a souvent vu chuter aux essais, pas trop en course. Est-ce que, pour toi, apprentissage doit forcément rimer avec chutes ?
(Rires) Je ne sais pas… si j’avais le choix, je préfèrerais ne pas chuter ! Mais parfois, quand on essaie de pousser un peu plus, ça peut arriver. Le plus important est de comprendre pourquoi vous chutez, et d’essayer de ne plus refaire la même erreur à l’avenir. Certaines chutes étaient dues aux pneus Bridgestone, qui sont très dangereux quand ils sont froids. Au début, je me suis un peu fait piéger par ça.

Qu'aimerais-tu améliorer sur ta moto l'an prochain ?
Je pense qu'il faut améliorer la traction et la rendre moins nerveuse à l'accélération.

Tu as un contrat de deux ans avec le HRC. Ça ne t’inquiète pas que, l’an prochain, avec l’arrivée de Stoner, vous soyez quatre pilotes avec des motos d’usine (Pedrosa, Dovizioso, Stoner et toi) ?
Non, pour moi c’est ok car Honda est un grand constructeur. Je pense que s’ils le veulent, ils peuvent soutenir quatre pilotes d’usine. Stoner et Pedrosa sont deux grands champions, et c’est bien pour Honda d’avoir deux pilotes très forts dans le team officiel. Et puis, je devrais avoir un ingénieur de Honda supplémentaire dans mon box.

On dit souvent de Pedrosa que sa petite taille est un handicap. Et toi, avec tes 1 m 83, est-ce aussi un handicap ?
Au niveau de la performance moteur, ça l’est, car je pèse 20 ou 22 kg de plus que Pedrosa. Après, sur les autres points de pilotage, je ne sais pas vraiment si c’est un handicap ou un avantage, car j’ai toujours été plus grand que les autres pilotes depuis le début de ma carrière. J’ai obtenu un titre en 250 où j’ai pu être compétitif, donc je ne le vois pas comme un handicap. Pedrosa est vraiment un cas à part car il est beaucoup plus petit que les autres pilotes MotoGP, il a la taille d’un enfant.

Tu t’es rendu deux fois cette année au Japon, chez Honda, pour développer un nouveau carénage. Est-ce que ça t’a été utile ?
Oui, sur les circuits rapides, c’est mieux pour moi, car ma grande taille me pénalise en termes de vitesse. Dès le début de la saison, j’ai vu qu’il y avait une différence de vitesse de pointe assez importante entre les autres pilotes Honda et moi. Au Mugello et à Indianapolis, avec le nouveau carénage, l’écart s’est réduit par rapport aux premières courses.

Comment t'entends-tu avec les autres pilotes italiens du MotoGP, comme Melandri et Dovizioso ?
Avec Melandri, nous ne sommes pas vraiment amis et je dois dire qu’on ne s’est quasiment pas parlé cette année, même si nous étions coéquipiers. Avec Andrea, c’est une longue histoire car nous étions déjà rivaux lorsque nous courions en minimotos. On s’est battus pour de nombreux championnats et nous ne sommes pas amis non plus (rires) ! Mais ça ne me dérangerait pas qu’il soit mon coéquipier, même si nous n’irons pas manger une pizza ensemble après les essais !

Avec Bautista, Barbera, etc., on a l'impression que vous jouez moins des coudes sur la piste qu'au temps de la 250…
Oui, je pense qu’on s’est effectivement calmés cette année, parce que nos motos sont beaucoup plus rapides et plus lourdes. Si vous faites une erreur, c’est plus dangereux. Mais je pense que, dans un an, nous serons encore plus matures (rires) !

Que penses-tu de la catégorie Moto2 : aurais-tu aimé y participer et penses-tu que c’est une bonne école ?
Je ne sais pas. Pour moi, un pilote qui a piloté auparavant une 250 ne peut pas aimer la Moto2. Pour moi, la 250 était au sommet de la technologie, c’était quasiment comme une MotoGP car le meilleur de sa catégorie. Le Moto2 est étrange, avec les mêmes moteurs pour tout le monde, sans électronique. Pour moi, la 250 était une meilleure école que le Moto2 où, je pense, ils apprendront moins de choses.

Comment ta vie a-t-elle évolué au sein du paddock depuis ton passage en MotoGP : as-tu plus de travail, plus de pression, plus de sollicitations par rapport à la 250 ?
Oui. Il y a plus de travail du point de vue technique. Pour avoir de bons réglages au niveau de l’électronique, il faut travailler plus avec les techniciens. Il y a aussi plus d’implications médiatiques : interviews, sponsors, etc. Ce n’est pas la course, mais ça fait partie des relations publiques. Il y a plus à faire à tous les niveaux. Ce n’est pas que ça me plaît toujours, mais il faut le faire.

Quels sont tes qualités et tes défauts sur la piste et en dehors ?
En dehors de la piste, je pense que je suis probablement trop sincère. Sur la piste, quand les choses ne se passent pas comme je voudrais, je me pose trop de questions, je me remets trop en question. Il vaudrait mieux que j’essaie d’améliorer la moto plutôt que de me mettre en cause. Pour les qualités, je dirais que, sur la piste, je ne baisse jamais les bras, je n’abandonne jamais. Je pense que c’est l’un de mes points forts depuis que je suis enfant. En dehors du circuit, je pense être une bonne personne, quelqu'un de sympa.

Parle-nous de tes cheveux. Depuis quand ne les as-tu plus coupés et les couperas-tu un jour ?
Parfois, je vais un peu les faire couper, mais ça ne se voit pas tellement ils sont longs et frisés. La dernière fois que je les ai coupés remonte à janvier (2010, ndlr). J’ai commencé à les laisser pousser en 2005, vers l’âge de 18 ans. Un jour, un journaliste m’a demandé si je couperais mes cheveux si je gagnais le titre en MotoGP et je lui ai répondu : ça peut être une bonne raison. Aujourd’hui, ma coupe de cheveux est un peu devenue comme une marque. D’ailleurs, je viens de créer ma propre marque de fringues et on y voit souvent ma coupe représentée. Les gens me reconnaissent partout grâce à mes cheveux. C’est un signe d’identification.

* Diobo' che bello ! Par Marco Simoncelli et Paolo Beltramo, www.librimondadori.it (en italien seulement).

Photos : Marc Robinot

Simoncelli sur le vieux tracteur de son grand-père.

Les champs devant la maison familiale.

Avec son père, sa mère et sa petite soeur.

Dans sa chambre, posant avec sa Gilera 250.

Toute la famille réunie autour des chiens Max et Sanson.

Simoncelli adorait s'entraîner en cross avec Rossi.

Un garage rempli de jouets !