Qui est Laurent Fellon, l'homme lige de Johann Zarco ?
Qui est Laurent Fellon, l'homme lige de Johann Zarco ? Un homme lige est, par définition, "celui qui est tout dévoué à une cause, à quelqu'un." Cette description correspond tout à fait à Laurent (né le 7 août 1961 en Avignon, où il habite encore actuellement), que nous souhaitons vous présenter ici en détail. Quel est ton rôle auprès de Johann ?
 
"J'ai rencontré Johann à l'âge de 14 ans et donc depuis tout petit c'est moi qui m'en occupe. C'est moi qui lui préparais ses mini-motos et je l'entraînais en lui donnant des cours. On allait rouler en championnat d'Italie et on avait aussi à la maison un 125 Honda standard. Par rapport aux résultats qu'il avait sur le Pocket, on voyait l'évolution sur la 125 Honda. Moi j'ai couru à moto de 79 à 83 et je connais bien Lédenon parce que je me suis occupé de beaucoup de pilotes. Lédenon est une bonne piste d'entraînement. On dit que si tu vas vite à Lédenon, tu vas vite sur tous les circuits du monde et c'est la vérité. Johann y a fait des temps de référence qui étaient très bons avec la 125 Honda standard. Il faisait 1'29.0 et Di Meglio faisait les mêmes temps. Ensuite on a fait la Rookies Cup, j'étais en bord de piste et je donnais un coup de main moralement et mentalement à Johann. On a gagné la Rookies Cup, puis on s'est aperçu avec Johann que la KTM ne pouvait pas gagner en Espagne, et comme il avait 18 ans on ne pouvait pas se permettre une erreur. On a alors préféré poser les valises parce qu'on ne trouvait plus rien. Johann est venu vivre chez moi pour continuer l'aventure et j'ai commencé à chercher des sous pour qu'il puisse courir en Grand Prix. Je suis devenu coach, team manager, chauffeur de camion et entraîneur. Maintenant je suis en bord de piste et je peux conseiller Johann et je lui dit "tu es trop tendu, tu n'as pas la bonne position, tu freines trop fort, tu n'as pas assez de vitesse de passage…" sachant que sur chaque circuit il y a une manière de piloter. Parfois il faut être agressif sur les freins, à d'autres moments il faut être très coulé, et moi j'ai la chance de voir ça du bord de piste. Et hop, quand ça allait bien je le laissais avec son mécano pour qu'il puisse régler son châssis.
 
Pourquoi Johann plutôt qu'un autre ?
 
"J'ai arrêté de courir en 83 car je n'avais pas beaucoup de sous et j'étais tout seul. J'ai eu beaucoup de pilotes et un seul m'a vraiment marqué, il s'appelait Marc Chabal. Il était complet, mais on était jeunes donc on n'avait pas le truc pour aller chercher les sponsors. C'était à mon avis un grand champion. Un vrai métronome. Pour te dire, à Lédenon quand les trois-et-demi ont joué le titre, dès le deuxième tour de course il faisait le temps de la pole ! Johann lui ressemble car c'est un gros travailleur. Il a passé tous les examens et il a montré qu'il était capable de passer le cap. J'ai programmé Johann pour qu'il soit comme Chabal et ça lui a réussi.
 
Par rapport à la course moto, quels sont tes domaines de compétence ?
 
"Je suis dans la course moto depuis 79. J'ai préparé des moteurs (6 titres de champion de France) et j'ai fait des pots d'échappement qui s'appelaient Carbone Force. J'ai donc des compétences mécaniques. A la base je suis un technicien. Mais je suis surtout un gros passionné, ce qui nous fait faire parfois comme cette année de grandes choses, comme la somme d'argent qu'on a amenée et qui est incroyable. Je savais que si on ne donnait pas la bonne machine à Johann, il ne pourrait pas montrer ses capacités.
 
Envisages-tu un jour de monter ton propre team ?
 
"Je n'envisage pas ça. Avec Johann, car je pense qu'on est partis pour longtemps ensemble, on veut faire une école qu'on a commencé avec Yamaha Motor France avec des Pee Wee et des 125 TZR. Là on est en train de s'occuper d'un jeune qui s'appelle Corentin Pelolari et qui vient du motocross. Avec Johann, on voudrait qu'il soit dans le même moule que nous. Je lui apprend à rouler comme à Johann pour essayer de faire un deuxième Zarco. Mon truc ce serait de faire une grande école comme celles des Espagnols Puig et Alzamora. Expliquer au gamin qu'il peut faire des résultats même s'il n'est pas riche - excuse-moi – s'il est capable et qu'il a toutes les compétences. Il faut aussi savoir que Johann en 2012 va être l'ambassadeur de la Coupe Yamaha. Monsieur de Seynes (ndlr : patron de Yamaha Motor France) a présenté à ses concessionnaires la moto qui coûtera 3 500 euros. Les jeunes rouleront en slicks et en pneus pluie sur des pistes de karting. Ça coûtera environ 40 euros pour venir s'entraîner, ce qui n'est pas cher. C'est lancé !"
 
 
Photo : Johann et Laurent à Indianapolis (© PSP Stan Perec)