Opinion : Savoir faire un règlement
DiversOpinion : Savoir faire un règlement Pourquoi en 2010 le seul règlement technique cohérent est-il celui du Championnat du Monde d’endurance ? C’est la seule catégorie mondiale où on utilise de vrais pneus de développement, plutôt que des pneus de production pas chers. On y trouve également une belle variété de moteurs, avec 9 marques représentées aux 24 H du Mans 2010, plutôt que de poussifs 600 CBR par exemple. Le chiffre exceptionnel de 80 demandes de participations aux 24 Heures, avec 32 équipages permanents, montre clairement où va l’intérêt des passionnés. Alors que les autres catégories s’écroulent (Supersport) ou surnagent péniblement (17 engagés en MotoGP), les vrais amateurs « votent avec leurs pieds » et vont en endurance. 

Quand et pourquoi les règlements techniques sont-ils devenus absurdes en GP et en Superbike ? Le jour où un ancien président de la FIM, Francesco Zerbi, décida pour des raisons politiques de confier leur conception (assurée jusqu’alors par la FIM) aux constructeurs.

Depuis lors, les règlements techniques sont décidés par le MSMA (Motorcycle Sports Manufacturers Association). En fait, seuls les constructeurs décident. Le représentant de la FIM est là pour enregistrer  et celui de l’Irta (les teams) n’a pas voix au chapitre technique. Quand aux organisateurs, si on accordera à Messieurs Carmelo Espeleta (Dorna / GP) et Paolo Alberto Flammini (Infront / SBK) de très grandes compétences dans le domaine de la finance, on évitera de leur demander d’expliquer comment fonctionne un anti-patinage ou un amortisseur.

Qui décide ?

Le problème est qu’au final un seul individu décide, qu’il soit compétent et honnête… ou pas. Pour comprendre ce processus de décision, il faut tenir compte de trois éléments successifs :

- Quand les constructeurs décident, ce sont en fait les Japonais uniquement, qui représentent la majorité de la production mondiale (hors Chine, Inde et Indonésie, non concernées pas la course). Le représentant du MSMA est le Japonais Takanao Tsubouchi. Donc, au premier niveau de décision, les Japonais décident seuls.

- Le système social japonais privilégie le consensus et les décisions acceptées collectivement. C’est ainsi le plus gros qui décide, et les autres sont d’accord. Donc, au deuxième niveau de décision, Honda décide seul.

- Qui va décider chez Honda ? Evidement, le responsable de la compétition. C’est son travail, il est payé pour ça. Cette personne est en général de Président du HRC (Honda Racing Corporation) entreprise chargée de défendre les intérêts du premier constructeur mondial en compétition. Au troisième niveau de décision, le responsable de la compétition de Honda décide seul.

Bien entendu, le fait qu’une seule personne décide n’est pas forcément un problème. Si cette personne est compétente et honnête, tout peut très bien se passer. Mais qu’arrive-t-il le jour où on tombe sur un président du HRC aussi stupide que celui qui a laissé partir Valentino Rossi de chez Honda ? Et le jour où le responsable de la course a du appliquer sans discuter la politique de la maison visant à éradiquer le 2 temps dans toutes les catégories pour faire une place hégémonique au 4 temps si cher à Honda ? Et le jour où il décida de faire passer la cylindrée en MotoGP de 1000 à 800 cm3 pour que le coût d’un nouveau carter moteur défavorise les autres constructeurs ? Dans ce dernier cas, la manœuvre fut couronnée de succès avec la disparition de Kawasaki du MotoGP, alors que Suzuki était relégué au rang de faire-valoir.

L’honnêteté n’est pas garantie, la compétence encore moins. Souvent le responsable de la compétition vient du marketing ou des pièces détachées, et n’est en charge des activités sportives de la marque que très brièvement, avant d’être muté à la recherche et au développement, ou à la fabrication des scooters. Ceci n’est pas propre aux Japonais, mais à la plupart des constructeurs. Le responsable de la compétition Harley (quand ce poste existait encore il y a deux ans) était en charge des « pièces détachées et accessoires ». Quand on voit, dans une concession, de quels accessoires il s’agit chez Harley, on peut avoir des doutes sur les capacités sportives du responsable.

Gavin Trippe, l’homme qui a créé le Supermotard (“Superbiker”) à Carlsbad dans les années 70 avec Bruce Cox et Gerard McCaffrey, résume simplement la manière saine de procéder : « Il faut concevoir un règlement depuis les tribunes, dirigé vers les  tribunes. Pas depuis les stands vers l’extérieur ».

Zerbi a eu le mérite d’essayer un système différent pour créer les règlements techniques. Malheureusement, l’expérience a prouvé que ça ne fonctionne pas bien ainsi. Il serait donc peut-être utile de le constater et d’y remédier. « Errare humanum est, perseverare diabolicum » (Il est humain de se tromper, persévérer est diabolique). Car plus on accumulera les errements, plus il sera difficile de revenir en arrière à une situation saine. En résumé, n’est-il pas préférable que les règlements soient faits par les gens qui ont à cœur l’intérêt de ceux qui aiment la compétition, en l’occurrence les gens de la FIM, plutôt que par tel ou tel salarié d’un constructeur qui défend – et c’est normal – d’abord les intérêts de son entreprise ?

Photo : Bol d’Or 2009 : Dunlop vainqueur, Pirelli deuxième et Michelin Champion du Monde (photo L. Swiderek © PSP). La compétition, c’est ça.