MotoGP : Comment Lorenzo arrêta de tomber sur le mouillé
MotoGP : Comment Lorenzo arrêta de tomber sur le mouillé En 2007, Jorge Lorenzo alors en 250 avait un problème. Il était super rapide et capable de battre les meilleurs de la catégorie… jusqu'à ce que la pluie commence à tomber. Il allait vite sur le mouillé, mais chutait souvent sans savoir pourquoi. Un tour il laissait ses adversaires sur place, le tour suivant il glissait sur le dos à 160 pour finir dans la boue. Reparti ensuite avec un rythme moins rapide, il tombait de nouveau. 

Il y a des problèmes de pilotage pas trop difficiles à résoudre. Mauvais départ ? On filme en vidéo ses départs, on les compare avec ceux du pilote qui arrive le plus souvent en tête dans le premier virage et on essaie de faire pareil. Mais pour le mouillé, Lorenzo n'avait pas les vidéos appropriées. Quand il rentrait au stand et que son chef mécano lui demandait pourquoi il avait chuté, la réponse était toujours la même : "Aucune idée. Je roulais exactement comme lors du tour précédent." Il rentrait alors dans son motorhome, réglait sa PlayStation sur la même course humide… et s'en reprenait une, virtuellement. Ça ne pouvait plus durer.
 
Kenny Roberts essayait alors de sauver son équipe de MotoGP. "Le team manager de Lorenzo m'avais rendu un grand service et j'avais une dette morale envers lui. Il m'a demandé de le faire rouler au ranch." Lorenzo prit donc l'avion pour la Californie et s'installa chez King Kenny pour deux semaines. "Je n'ai pas fait de programme spécial pour lui. Je l'ai installé sur une mini-bike et j'ai roulé avec lui." Lorenzo savait se servir d'une Honda XR 100 et trouva vite le rythme. Mais les conditions d'adhérence changent à chaque tour en dirt, en particulier le matin quand la moisissure s'évacue progressivement. Un pilote de short track doit donc posséder une très grande précision.
 
"Lorenzo a roulé tous les jours, explique Kenny. Il a appris assez vite. Il était très agressif, pas parce qu'il était plus rapide que d'autres pilotes que j'ai entrainés, manifestement, mais il ne voulait pas se faire doubler. Il avait une attitude "non, personne ne me doublera". Il était devant et ne voulait simplement pas que vous le doubliez. Le circuit avait l'air beaucoup plus large que d'habitude, avec lui, pour cette raison. J'ai entrainé des gars comme Eddie (Lawson) et Wayne (Rainey), des bons, et il en fait partie. Et il est très dur avec lui-même."
 
"Wayne était un naturel, on se tapait les guidons et on rigolait. Il était très rapide. Eddie allait un peu moins vite au début, mais il est devenu aussi rapide que Wayne. Lorenzo n'est pas comme ça, mais il dispose d'une chose que peu de gens ont : c'est la puissance mentale qu'il exerce pour être sûr qu'il est plus vite que tous les autres. Ce n'est peut-être pas le gars le plus naturel, si on parle de technique et de capacités, mais il a quelque chose de plus que beaucoup d'autres et ça s'appelle le désir. Le désir d'attaquer à 100%."
 
Lorenzo n'a pas été amusé du tout au début qu'un homme âgé de 30 ans de plus que lui puisse aller plus vite sur une petite moto tout-terrain. En plus le vieux couvrait le jeune de marques de pneu sur la botte et la jambe gauche, avant de lui pointer quand ils s'arrêtaient – en fumant un cigare (réel) – une par une toutes les petites erreurs qu'il avait faites. L'entrainement à la Roberts.
 
Roberts remarquait pendant ces deux semaines l'attitude auto-critique de Lorenzo. Le résultat final est qu'il était si dur avec lui-même, qu'une fois qu'il s'estimait à un niveau de performance satisfaisant, peu pouvaient l'égaler. "Une fois qu'il a serré les dents et commencé à gagner, il faut quelqu'un d'extraordinaire pour le battre. De tous les pilotes que j'ai entrainés, il est probablement le plus difficile à passer."
 
D'après Lorenzo, ces deux semaines passées avec Roberts ont été parmi les plus productives de sa vie. La précision qu'il avait alors acquise lui a permis par la suite d'atteindre le sommet en MotoGP. Et pas uniquement sur le sec.
 
Photo : Lorenzo lors du dernier British Grand Prix à Silverstone (© PSP Stan Perec)