Leçon de pilotage 2 : Le regard et les repères visuels
Leçon de pilotage 2 : Le regard et les repères visuels Ça y est, vous avez suivi nos conseils concernant notre première leçon sur la position de pilotage sur circuit ? Maintenant, Bernard Garcia vous explique comment utiliser le regard et des repères visuels pour améliorer vos chronos. Piloter au « feeling » vous limitera toujours à des chronos moyens et surtout très irréguliers. Vous devez donc piloter à l'aide de multiples repères placés sur la piste ou ailleurs. Pour cela, il est très important d'aller faire un ou deux tours de piste à pieds avant de rouler, afin de noter sur un plan du circuit tous les repères (une chose que tous les pilotes professionnels font).

1- Repère de freinage = de plus en plus tard

Si vous êtes rentré comme une « lopette » dans la courbe, ça passera forcément si vous freinez 2, 5 ou 10 mètres plus tard le tour d'après (à condition d’arriver à la même vitesse le tour suivant, voir paragraphe 2). Mais pour freiner plus tard, il faut déjà savoir où l'on freine !
Prenons un exemple concret. Sur le circuit de Lédenon, il y a une passerelle aux ¾ de la ligne droite. Essayez de la visualiser dès que possible, tout en vous plaçant sur la partie droite de la piste.
Pour les 1000cc* : visualisez la première boîte de chrono en aluminium placée derrière le muret des stands, 50 m après la passerelle (c’est le repère de freinage). A ce repère, vous devez attraper progressivement votre frein avant pour transférer les masses sur l’avant. Visualisez ensuite les trois petits cônes verts placés sous le commissaire de sortie des stands (c'est le repère de déclenchement du virage). Vous écrasez alors bien le frein avant, tout en descendant 1 ou 2 rapports (en fonction de la machine et de la démultiplication) et en relâchant progressivement l'embrayage (contrôle du frein moteur, du dribble, etc.). 10 mètres avant les cônes verts, appuyez fort sur le repose-pied intérieur et visualisez en même temps le repère au sol du lâché de frein. 10m avant, regardez le cône vert du point de corde, tout en relâchant le frein avant. 10m avant le point de corde, regardez le cône rouge extérieur, etc. etc. Vous avez compris : il faut toujours être en avance du regard d’un repère à l’autre : cela vous permettra de ne pas voir le film en accéléré !
Sur d'autres circuits du style Magny Cours, Paul Ricard, Le Mans, etc., des panneaux 200m, 100m, 50m sont placés en bord de piste. Ils ne sont pas là pour la déco : vous pouvez vous en servir comme repères de freinage !

*Pour les 600cc / 250cc : prenez les freins à la deuxième boîte en aluminium derrière le muret. Pour les 125cc, ça passe à fond ! Vous n'avez qu'à déclencher votre virage aux trois cônes verts, poignée de gaz soudée à fond ! Enfin… allez-y progressivement quand même !

2- Repère d'accélération = de plus en plus tôt

Une fois sur l’angle maxi (rappelez-vous : sans frein, sans gaz, ça passe !), vous devez garder une bonne vitesse de passage en courbe pour « caler » les pneus, c'est-à-dire pour déformer la carcasse de ceux-ci afin d'avoir le plus de surface de gomme au sol possible et donc une meilleure adhérence (à condition d’avoir les pneus à bonne température). Pour sortir du virage le plus fort possible et tester l’adhérence du pneu arrière, il va donc falloir réaccélérer par étape (filet de gaz, ¼ de gaz, mi-gaz, ¾ de gaz, plein gaz), en prenant à nouveau des repères : une tâche noire sur le bitume, la trace laissée par un repose-pied, etc. S’il n'y a rien au sol, comptez les vibreurs bi-tons, ou déclenchez un chrono mental (voir conseils utiles).
Avant le point de corde, vous devez visualiser le repère pour le filet de gaz, puis passer le point de corde avec le filet, tout en visualisant le repère du ¼ de gaz.  Appuyez sur le repose-pied extérieur pour redresser la moto puis mettre ¼ de gaz, regardez loin la fin du vibreur et le repère du ½ gaz en même temps. ½  gaz : ça commence à glisser, je ne coupe pas (je fige un instant la poignée, tout en contre-braquant légèrement, jusqu’à ce que la moto se remette en ligne). ¾ de gaz, puis gaz en grand : la moto se tord, se lève encore sur l'angle, je la serre entre les jambes, bien en appui sur les repose-pieds, je monte sur le vibreur,  la moto guidonne un peu, je pousse sur les bracelets, rupteur, je monte un rapport… Je me retourne pour voir la trace noire : Waou ! Ça y est ! Je suis un pilote ! (Calme-toi Bernard, ndr)
Vous voyez que c'est du boulot quand même, surtout que nous avons vu un seul virage sur une quinzaine comprenant un tour de circuit. Commencez donc à y penser et à l’appliquer progressivement. C'est la seule manière pour progresser, en sachant que le tour parfait est celui où vous êtes passé pas trop mal dans tous les virages. Ça ne sert à rien de faire le fou dans 1 ou 2 virages, pour se traîner ensuite sur le reste du circuit. L'important est de progresser à chaque sortie, et surtout de se faire plaisir !

MISES EN GARDE & CONSEILS UTILES :

1- S'il n'y a vraiment pas de repère au sol, vous pouvez par exemple déclencher un chrono dans la tête : à partir du point de corde, comptez « 1-2-3 », puis ¼ de gaz « 4-5-6 », puis ½ gaz, etc. Même si c'est approximatif, c'est mieux que rien !

2- Essayez de prendre des repères fixes. Les vibreurs sont de très bons repères (le début, le milieu, la fin). Evitez les ombres, les commissaires, les photographes, les chats noirs... On peut avoir des surprises !

3- Quand vous commencez à faire des temps, les tours se font quasiment au ralenti (rythme cardiaque à 40'). Repère après repère, vous êtes en avance sur le tempo. Pour cela, vous devez être bien concentré… Mais ce sera une autre leçon !