La sanction de Zarco divise le paddock
La sanction de Zarco divise le paddock

Sur le coup, de nombreuses personnes se sont insurgées contre la très dure sanction contre Johann Zarco, rétrogradé de la première à la sixième place. D'autres sont plus mitigés. Nous avons interrogé plusieurs personnes dans le paddock pour avoir leur opinion.

La version de Johann Zarco : "J'ai fait un départ correct, j'étais cinquième au premier tour. La trajectoire était sèche mais il fallait quand même faire attention à certains endroits. Petit à petit ça a séché et je suis remonté en 3e position, avec en point de mire Vinales et Terol. J'étais à l'aise et j'ai pu bien remonter sur eux. Terol avait un bon rythme et j'ai pu suivre, pas facilement car il fallait rester concentré, et on a passé Vinales. A trois tours de la fin, Terol m'a laissé passer pour m'analyser et pas faire comme avec Vinales au dernier GP. J'ai pas cherché à le repasser, car je faisais attention. Il avait une meilleure moto et dans le dernier tour, il m'a doublé dans la ligne droite. Il a essayé de faire le forcing, mais j'ai quand même pu rester à son contact. Il a sacrifié un peu le dernier virage pour pas que je puisse le passer à l'intérieur. Finalement, il est moins bien ressorti et ça m'a permis de mieux ressortir. On s'est retrouvés sur les vibreurs et il a fallu jouer des coudes car comme il avait une meilleure moto, il m'aurait repassé sur la ligne. Je trouve que la sanction est un peu dure. La course est un combat, on sort tous les deux sur le vibreur, on joue la gagne, je trouve normal qu'on joue des coudes. A une certaine époque, on n'aurait jamais été pénalisé pour ça. Maintenant, il va falloir essayer de faire avec et essayer de gagner d'une autre manière."

La version de Nicolas Terol : "Je suis entré dans le dernier virage avec une vitesse en dessous afin de sortir du virage plus vite. Je savais que si Zarco était juste derrière, je sortirai mieux car ma moto marchait mieux. Mais il a surgi à côté de moi et m'a contraint à aller dans l'herbe. Je remercie la direction de course d'avoir pris une décision aussi rapidement et les fans de m'avoir supporter. J'étais désemparé après l'arrivée, mais d'un autre côté je me disais qu'un dépassement comme ça ne pouvait pas être permis."

Aki Ajo (team manager Johann Zarco) : "Pour moi, c'est la course. Malheureusement, on ne peut rien faire contre une décision de la direction de course."

Randy de Puniet : "ça me fait chier pour Johann car il méritait la victoire. Arnaud Vincent et moi avons remporté notre première victoire en GP ici et ça aurait dû être le cas pour Johann aussi. Mais le petit geste qu'il a fait avec la psychose actuelle, c'est clair que ça ne pouvait pas passer. C'est vraiment con pour lui."

Jorge Lorenzo : "La manœuvre de Zarco n'était pas complètement clean mais il ne méritait pas une telle sanction. Je pense qu'il aurait été plus juste de la rétrograder en seconde position."

Casey Stoner : "Je suis d'accord avec Jorge. La pénalité est un peu dure. C'était le dernier tour, il n'avais pas commis d'erreur auparavant et ne méritait pas d'être rétrogradé comme ça. Pour moi aussi, une seconde place aurait été plus adéquate."

Randy Mamola : "Où est la limite en compétition ? Je pense que si Johann n'avait pas écarté le coude, il n'aurait pas été sanctionné. Le problème, c'est qu'il y a la direction de course d'un côté, et les gens qui parlent dans le paddock de l'autre, mais jamais de meeting entre les deux.  La manœuvre était dangereuse, mais celle de Sofuoglu sur Simon aussi. Pourquoi punir l'un et pas l'autre ? Il faut être régulier maintenant dans les règles, même s'il sera toujours très compliqué d'établir une ligne entre ce qui est sanctionnable et ce qui ne l'est pas. Je pense que plus de concertation et de discussions entre les différents acteurs est indispensable. Quoi qu'il en soit, Zarco a montré aujourd'hui qu'il était là, il aura d'autres occasions de briller. "

Hervé Poncharal (Président de l'association des teams) : "Evidemment, les avis sont partagés entre le clan de ceux qui sont pour Johann et le clan de ceux qui supportent Terol. J'ai suivi attentivement la course de Johann et c'est clair qu'il avait un handicap moteur énorme. Dans ces circonstances, il n'aurait pas pu passer Terol à la régulière. Il a tenté un truc beau, courageux, agressif. C'est la marque d'un champion. Mais d'un autre côté, après ce qu'il s'est passé au mans entre Simoncelli et Pedrosa et les nombreuses plaintes de certains teams Moto2 et 125 sur le comportement dangereux de certains pilotes, la direction de course ne pouvait pas ne pas réagir. Mais la sanction est dure."

Louis Rossi (pilote 125) : "Je trouve la pénalité de Johann totalement injuste. Des dépassements comme ça, on en fait plein tout le temps. Même avec Alexis aujourd'hui en course on s'est touchés. C'est la course.'

Jacques Hutteau (conseiller technique Elf) : "Il y a eu des multitudes de dépassements comme ça depuis les débuts des Grands Prix. Je trouve la sanction complètement injuste. Si ça avait été Terol, on aurait crié au génie."

Jean-Claude Schertenleib (journaliste suisse) : "Une fois de plus, c'est n'importe quoi. Si la situation avait été inversée et que c'était un Espagnol qui avait fait ça, il ne se serait rien passé."

Enrico Borghi (journaliste italien) : "Personnellement, venant du motocross, ce genre de dépassement est complètement normal. Mais si Simoncelli est dangereux, alors Zarco l'est aussi. Le mur était très proche et la situation était dangereuse. Tout ça est politique, on est rentré dans une spirale dont il va être difficile de sortir. Le problème, c'est qu'on peut pas établir de règlements sur les dépassements."

Mat Oxley (journaliste anglais) : "Sur le coup, j'ai pensé que la sanction était légitime, mais en revisionnant les images, je suis plus mitigé. Ce n'est pas évident. Ce qui est sûr, c'est que les choses sont en train de changer et que la course ne sera peut-être plus jamais comme elle a été."

Manuel Pecino (journaliste espagnol) : "Je pense que quelque chose devait être fait car Johann a sensiblement élargi sa trajectoire au lieu de la resserrer, mais la pénalité est excessive. Malheureusement, il n'y a pas de règle à ce sujet : une amende, 10 secondes, ou 20 secondes, c'est au choix de la direction de course. Je crois que s'ils ont décidé de mettre les compteurs à zéro depuis la Mans et que toutes les manœuvres jugées dangereuses seront désormais sanctionnées, alors ok, jouons le jeu."

 
Photo : PSP Stan Perec