Interview Randy de Puniet : ''Je suis très déçu que les gens m'aient aussi vite enterré, après m'avoir encensé.''
Interview Randy de Puniet : ''Je suis très déçu que les gens m'aient aussi vite enterré, après m'avoir encensé.'' Après une bonne séance d'essais sous la pluie d'Estoril, qui s'est conclue avec une 7e place, Randy de Puniet a bien voulu nous parler de sa situation actuelle, où il attend toujours pour signer un contrat l'an prochain. Randy, pour commencer, comment s'est passée ta journée aujourd'hui ?

Déjà, j'étais content que la pluie se soit finalement arrêtée de tomber pendant la deuxième séance d'essais libres. On a pris la décision de partir tout de suite pour une longue série de tours, et j’ai trouvé mon rythme instantanément. Je suis resté en piste pendant 45 minutes sans repasser par les stands avec des chronos qui oscillaient entre la 1ère et la 4e place. Les autres pilotes ont quant à eux amélioré leurs temps en fin de session avec des gommes moins usées, mais j'avais pour ma part fini notre programme qui comprenait des essais de cartographie et de frein moteur. La séance a donc été constructive pour nous dans son ensemble et nous permet d’aborder la suite du week-end sans inquiétude puisque nous sommes tout de suite dans le coup, même sur le mouillé.

Après avoir fait l'une de tes meilleures saisons en MotoGP, tu es aujourd'hui toujours sans guidon pour l'an prochain. Comment le vis-tu ?

C'est vrai que ma première partie de saison a été exceptionnelle, et j'ai aujourd'hui l'impression que personne ne s'en est vraiment rendu compte, alors que nous étions bien au-dessus des objectifs que nous nous étions fixés en début de saison : je me suis retrouvé 4e du championnat, quatre fois en première ligne et à chaque fois très près de la pole. Il me manquait juste un podium pour couronner le tout. Mais en Allemagne, je chute aux essais sans que j'y sois pour rien, je me massacre mais je prends quand même le départ de la course le lendemain, et là je tombe et je me fais rouler sur la jambe, encore sans que ce soit de ma faute. Je mets tout en oeuvre pour revenir tout de suite après, en manquant une seule course. A Brno, je fais une course inespérée dans ces conditions puisque je suis encore 8e au dernier tour, puis je fais deux courses moyennes : Indianapolis, où je ne me suis jamais senti à l'aise, puis Misano où je suis 6e aux essais, 8e en course, mais je ne tiens pas physiquement en fin de course. En plus, je n'étais pas au mieux mentalement, car j'ai été très remué par la mort de Shoya que j'ai vu en direct avant la course. A Aragon, j'ai le traction control qui tombe en panne et je tombe. Au Japon, j'aurais pu faire 5 ou 6 mais ma jambe me fait trop souffrir, à cause de toute la quincaillerie que j'ai dedans. En Malaisie, on est à l'ouest mais je fais 10e. Et enfin en Australie, j'ai à nouveau ma jambe qui m'empêche de faire une bonne place.
Je suis très déçu que les gens m'aient aussi vite enterré, après m'avoir encensé. Pourtant, ce que j'ai traversé pour revenir a quand même été extrêmement difficile. Mais comme je ne me plains pas, les gens pensaient que tout allait bien.

Et aujourd'hui, ton avenir est toujours incertain...

Oui, c'est clair que la situation n'est pas facile. J'ai attendu, pris des risques, en espérant que Suzuki allait mettre deux motos. Malheureusement, ça ne s'est pas fait et je me retrouve dans une situation difficile. Aujourd'hui, il reste deux places, car je pense qu'Elias va signer chez Lucio (Cecchinello). On a discuté avec Gresini, mais pas encore avec Pramac. C'est pour ça que j'ai été le premier surpris quand tout le monde a dit que j'avais signé avec eux. Les gens ont parlé par déduction : Elias chez LCR, Aoyama chez Gresini (car il a la pression de Honda pour prendre un pilote japonais), donc de Puniet chez Pramac. ça peut effectivement se passer comme ça, mais on n'a pas encore parlé avec eux.  J'espère que ça va avancer ce week-end, car ça commence à être pénible.

Si tu peux choisir, tu préfères une Honda ou une Ducati ?

Les deux choix sont bons, mais c'est vrai que chez Honda, il y aura des packages différents pour les motos kit l'an prochain et on ne sait pas encore trop de quoi je disposerai si je vais chez Gresini. Chez Pramac, en revanche, les Ducati satellites sont les mêmes que celles d'usine en début de saison. Donc, je pense que la compé-client Ducati est beaucoup plus proche des usines que la Honda. Niveau challenge, une nouvelle moto peut être intéressant, d'autant que j'ai toujours eu envie d'essayer cette Ducati et que l'arrivée de Rossi chez eux l'an prochain ne sera pas un mal. Et puis comme c'est une usine italienne à échelle humaine, il ne faut pas un délai énorme pour faire des pièces comme au Japon.

Tu penses quand même à l'avenir, hors MotoGP ?

On verra quand ça arrivera, et j'espère que j'ai encore quelques années devant moi, mais ce qui est sûr, c'est que j'irai pas en Moto2. Pourquoi pas le Superbike dans quelques années, pour viser le titre ? Mais ce sera à condition d'avoir une bonne moto. Si demain je ne suis pas en MotoGP, je ne serai pas sur une grille de départ l'an prochain car les bonnes places en SBK sont déjà toutes prises.

On espère bien que ça n'arrivera pas ! Sinon, ce dont tu es sûr, c'est de ton opération à la fin de la saison ?

Oui, dès que la saison est terminée, je vais me faire retirer les trois vis à la cheville et j'espère le clou dans le tibia qui me fait un mal de chien au niveau du genou. Je dois aller voir mon chirurgien, le Docteur Dufour, la semaine prochaine à Aix pour voir ce qu'il pourra faire.

Photo : Randy de Puniet sur la grille de départ du GP d'Australie, il y a 15 jours (Photo PSP Lukasz Swiderek).