Interview Johann Zarco : '' J'aurais pu assurer, mais c'est le goût de la gagne qui a pris le dessus''
Interview Johann Zarco : '' J'aurais pu assurer, mais c'est le goût de la gagne qui a pris le dessus'' Auteur d'un beau Grand Prix de France au Mans, Johann a donné tout ce qu'il avait. Il aurait pu égaler Louis Rossi mais la course a été longue, très longue, et garder sa concentration n'a pas été facile. Ce sera pour la prochaine fois. Comment s'est passé ton Grand Prix de France ?
 
"Globalement, je ne peux pas dire que ça s'est bien passé ni mal passé. En fait, ça n'a pas bien commencé parce que je n'étais vraiment pas à l'aise. J'ai commencé à me prendre la tête sur la moto alors qu'il ne fallait pas du tout. Dans mon inconscient, il y avait la pression du Grand Prix de France. J'ai essayé de l'éviter, mais le premier jour je sentais que je n'étais pas bien. Ensuite il y a eu moins de pression car le vendredi s'est bien passé, et samedi matin j'étais beaucoup plus à l'aise. Laurent a pu voir du bord de piste que la moto n'allait pas comme il fallait alors que moi je pilotais bien. Donc on a pu faire un pas en avant pour la qualification. Avec la huitième place en qualification on était contents, car depuis le début du week-end on était toujours au-delà de la quinzième position. Donc d'un seul coup huitième c'était dans les objectifs qu'on se fixait depuis le Portugal.
 
"Ensuite on attendait le dimanche, qu'il pleuve ou pas, sans préférence. Il y a eu beaucoup de pluie. Au départ, j'ai été prudent dans le premier virage car il est difficile de manier la moto comme on veut dans ces conditions, surtout que ça glisse beaucoup. Donc je me suis retrouvé 17e et à partir de là, calmement, j'ai pu remonter les autres un par un. Il y a eu des chutes également, mais je ne me faisais pas avoir.
 
"J'ai été longtemps en deuxième position et ai essayé de maintenir mon avance sur le troisième. Il y avait un écart de deux secondes et j'avais peur qu'il remonte. En faisant ça, j'ai vu que je remontais un peu sur Lüthi. Il restait 9 tours et ça commençait à être un peu long. Quand je suis revenu sur Lüthi, il a réaccéléré un peu pour maintenir son avance, et là j'ai pris à nouveau son rythme, mais malheureusement je suis tombé. A chaque tour, je me disais "Fais attention, ne tombe pas, tu peux glisser bêtement sans savoir pourquoi". J'étais vraiment très attentif, mais ce tour-là j'ai manqué de concentration. Je n'ai pas été attentif dans ce virage-là et j'ai été par terre.
 
"Sur le moment j'ai été très déçu, et je l'étais toujours vingt minutes plus tard dans le camping-car. Et puis après je me suis dit qu'il n'y avait pas mort d'homme. J'en ai parlé avec Laurent et les gens de l'équipe, qui étaient quand même satisfaits de la course. J'avais envie de gagner, vu qu'on ne joue pas le championnat. J'aurais pu assurer, mais c'est le goût de la gagne qui a pris le dessus. Ça a un côté positif, mais il faut repenser à Jules Cluzel en 2010 quand il disait qu'il voulait gagner mais qui a fini par terre à beaucoup de Grands Prix. Donc on s'est dit que c'est bien d'avoir cette mentalité de gagnant, mais il ne faut surtout pas trop la pousser car finalement après on va dans la connerie et on est tout le temps dans le gravier.
 
"J'ai assez de haine, assez mal à l'estomac, pour vouloir dès Barcelone – et même sur le sec – être avec les meilleurs. Pour ça il faut être concentré dès le début du week-end et être transcendé dès le vendredi pour pouvoir toujours être devant très très fort. Ensuite il faut la réflexion nécessaire pour savoir si j'ai la capacité de gagner ou pas, et déjà dans un premier temps faire les podiums. Il y a de la haine, mais il faut faire attention car on sait qu'à la fin de l'année ça coûte cher.
 
Le fait que Louis Rossi ait gagné juste avant en Moto3 t'a-t-il incité à aller chercher Tom Luthi pour la victoire ?
 
"Ça m'est passé par l'esprit avant la course. Ça m'a fait vraiment plaisir quand il a gagné. J'avais les larmes aux yeux en entendant la Marseillaise parce que j'aime beaucoup. Mais pendant la course, au moment de la chute en particulier, ce n'était vraiment pas ce qu'il y avait dans ma tête. Je pensais à finir la course, mais un moment j'ai craqué parce que c'était un peu long.
 
Louis Rossi et toi venez de vous associer pour vous entrainer ensemble. Pourquoi et comment ?
 
"C'est une décision qu'on a prise avec Laurent, après avoir parlé avec Louis Rossi. Ce qu'il a fait cette année pour trouver des budgets pour courir est énorme. Il serait dommage qu'il fasse tout ça et que ce soit sa dernière année, car bien qu'il ait trouvé des budgets, s'il ne fait pas de résultats il n'aura plus sa place l'année prochaine. Nous, c'est le cas qu'on a eu l'année dernière et il faut vraiment se préparer en tant que pilote pour être performant à chaque course. Il nous a demandé si on pouvait s'entraîner ensemble, on a réfléchi et on a dit oui car Rossi est un bon gars, sérieux, et on voit qu'il a envie.
 
Lui est de Soissons, toi d'Avignon, et il y a 615 km entre les deux. Comment allez-vous vous retrouver ?
 
"Il peut venir en TGV facilement, puis nous on le prend en main et on s'entraînera ensemble sur plusieurs week-ends cette année pour l'aider à progresser. Sur les courses, Laurent lui donnera un coup de main du bord de piste car il a un bon œil. Ça peut être une aide car parfois en tant que pilote on perd beaucoup de temps en cherchant. Ça permet de savoir s'il faut travailler sur la moto, ou s'il faut dire au mécano de ne pas la toucher et au pilote de travailler, ce qui peut être un gros gain de temps quand on ne sait pas."
 
Photo : Johann Zarco au Mans face à Marc Marquez et Claudio Corti (© PSP Stan Perec)