Interview exclusive Jeremy Burgess : ''C'est un choix difficile''
Interview exclusive Jeremy Burgess : ''C'est un choix difficile'' Dans les jours ou les semaines qui viennent, Jeremy Burgess devrait annoncer s'il suit ou pas Valentino Rossi chez Ducati. Un choix cornélien... que Valentino Rossi a d'ailleurs commenté aujourd'hui : "Si Jeremy me suit, c'est parfait. Mais c'est une décision difficile à prendre car c'est un choix de vie. C'est la raison pour laquelle je lui laisserai tout le temps qu'il faut pour réfléchir."


Jeremy, qu’avez-vous décidé pour votre futur : suivre Rossi chez Ducati, rester chez Yamaha ou partir à la retraite ?

Je suis en train de réfléchir très sérieusement sur mon futur. C'est une décision très difficile à prendre. Je suis plus vieux que lorsque nous avons relevé le challenge Yamaha fin 2003 et si je décide de suivre Valentino, ce sera pour deux ou trois ans minimum. D’autre part, j’aime bien aussi travailler avec Yamaha et je m’entends très bien avec les gens ici. Et puis vous savez, ce n’est pas seulement moi qui aide Valentino à aller vite, mais toute l’équipe qui est autour. C’est vraiment un travail d’équipe et il faudrait que toute l’équipe aille chez Ducati. Mais il sera difficile, voir impossible de refaire ce qu’on a fait il y a sept ans.

Si vous décidez de rester chez Yamaha, ce serait pour travailler avec Ben Spies ?

J’aime les relations à long terme avec les pilotes et ça m’embêterait, par exemple, de commencer un travail avec Ben Spies pour arrêter dans trois ans parce que j’aurai 60 ans. C’est difficile aussi de construire une relation de travail avec un jeune de 23 ans, alors que je suis presque un grand-père (rires)… même si je me sens encore jeune. Dans l’idéal, j’aurais vraiment aimé finir ma carrière avec Valentino chez Yamaha.

En plus, vous avez toujours travaillé avec des ingénieurs Japonais, jamais avec des Italiens…

Oui, c’est encore un autre facteur à considérer. Mais mon boulot est de régler la machine et celui du pilote de gagner avec. Je ne pense pas qu’à ce niveau-là, les choses changent chez Ducati ou ailleurs. Et puis je connais un peu les gens de chez Ducati, car je m’intéresse à la mécanique en général et qu’on discute parfois ensemble dans le paddock.

Que pensez-vous de ce nouveau challenge pour Rossi : est-il plus difficile à relever que celui de 2004, quand il a quitté Honda pour Yamaha ?

Je pense que quitter Yamaha pour aller chez Ducati est probablement plus difficile car aujourd’hui, le niveau de performance entre les machines des trois principaux constructeurs (Honda, Yamaha et Ducati) est très proche, et il ne sera pas simple de faire beaucoup progresser la Ducati par rapport à ses rivales. En 2004, il n’y avait que la Honda qui était plus performante. De plus, Valentino n’a plus 24 ans, mais 31. Il a plus d’expérience, certes, mais il a aussi des rivaux très forts, plus jeunes de sept ans, ce qui n’était pas le cas quand il est passé de Honda à Yamaha. Il était alors plus jeune que ses principaux adversaires.

Pourquoi pensez-vous alors qu’il ait décidé de changer ?

Je pense qu’il a fait ce choix car il veut clairement être considéré comme le pilote n°1. Cette année, Jorge a fait un très bon travail et nous avons été malchanceux avec la blessure de Valentino. Mais nous avons gagné les deux championnats précédents, ce qui montre que la moto est très compétitive, mais Jorge est le pilote du moment puisqu’il devrait gagner ce championnat.

S’il ne s’était pas blessé au Mugello, croyez-vous que sa décision aurait été la même ?

Quand il a décidé d’aller chez Yamaha, nous l’avons su assez tôt en 2003. Il est fort probable qu’il ait pris la décision d’aller chez Ducati avant le Mugello. Je pense que Valentino aime tellement la technique que l’idée de faire de la Ducati la référence du plateau l’intéresse, comme il l’a fait auparavant avec Honda puis Yamaha.

Mais Valentino a quand même dû discuter avec vous de cette Ducati, et des possibilités qu’il y avait avec cette machine ?

Bien sûr, on en a discuté ensemble et je sais depuis un moment que ce challenge l’intéresse, même si j’espérais qu’une solution soit trouvée pour qu’il reste chez Yamaha. Avec quelqu’un comme Valentino, son potentiel et son expérience, les ingénieurs Ducati auront les bonnes informations pour améliorer leur machine. Je pense que le problème n’est pas au niveau du moteur, mais plus au niveau du châssis. Il faudrait apporter la maniabilité de la Yamaha à la Ducati.

Jorge a-t-il le potentiel pour développer la M1 pour Yamaha ?

Après avoir remporté le championnat, ce sera sa prochaine mission car il sera le leader du team, mais aussi de l’usine. Il faudra qu’il rende la moto compétitive pour lui et aussi pour la prochaine génération de pilotes, comme l’ont fait avant lui Valentino ou Mick Doohan.


Photo : PSP Stan Perec (2009) : Jeremy Burgess et son équipe discutent avec Wayne Rainey à Laguna Seca.