Interview Exclusive : Paul Denning
Interview Exclusive : Paul Denning

Juste avant la fin de la saison 2009, nous avons eu l'occasion de discuter un peu avec Paul Denning, le team manager de Suzuki. Il nous parle de la situation du team, de ses pilotes (Capirossi et Bautista) et également de Sylvain Guintoli.

8e et 11e places pilote, 4e constructeur, 5e team, et surtout aucun podium. C’est l’une des pires saisons de Suzuki en MotoGP. Comment expliquez-vous vos difficultés ?

Nous devons être réalistes : le problème, cette année, n’a pas été la performance absolue de la machine, mais sa constance. Sur certaines pistes, comme Barcelone, le Mugello, Misano, Sepang, nous avons été plutôt compétitifs. Mais lorsque les conditions sont plus froides, nous manquons de grip. En 2007, John (Hopkins) et Chris (Vermeulen) avaient fait du bon boulot et nous avions un package compétitif, mais c’est surtout les erreurs de nos adversaires qui nous ont permis de bien nous placer. Michelin, par exemple, avait des difficultés alors que les Bridgestone étaient plus constants dans la performance. Pourtant, aujourd’hui, notre moto est beaucoup plus compétitive qu’à l’époque, mais tous nos concurrents ont progressé. Je pense notamment à Tech 3, avec des Yamaha satellites quasi identiques à celles d’usine, et aussi à Ducati car Nicky (Hayden) et Mika (Kallio) ont obtenu d’assez bons résultats ces derniers temps. Et puis le niveau, devant, est si élevé, avec Rossi, Stoner, Lorenzo et Pedrosa. Il suffit de voir les chronos : ils sont vraiment à un niveau supérieur de vitesse et de confiance. En 2007, il y avait moins d’écart. Nous n’avons pas d’excuses, nous sommes moins compétitifs, mais ce n’est pas parce que nous travaillons moins, mais parce que les autres sont vraiment au-dessus du lot.

La nouvelle réglementation des pneus uniques a aussi changé pas mal de choses ?

C’est exact. Depuis cette année, les pneus sont les mêmes pour tout le monde et je dois dire que nous avons eu un peu de mal à régler notre machine avec ces nouveaux pneus. On ne s’attendait pas, en fait, à ce qu’ils changent autant. Auparavant, quand nous avions des problèmes de grip, par exemple, on pouvait compenser avec certaines gommes, certaines carcasses. On pouvait travailler avec Bridgestone pour avoir des pneus vraiment spécifiques. Maintenant, c’est terminé. Nous devons adapter la moto aux pneus, et non plus l’inverse. Ça a été un changement fondamental pour nous, pour être honnête.

Au niveau de l’électronique, Loris regrette que vous ne travailliez pas avec Magneti Marelli. Comptez-vous conserver votre électronique Mitsubishi ?

Je dois dire que c’est un domaine dans lequel nous avons beaucoup progressé, mais sur lequel nous devons encore travailler. Je pense que nous sommes encore un petit peu en retrait par rapport à nos concurrents dans ce domaine. Mais ce n’est pas à cause du hardware, qu’il soit Mitsubishi ou Marelli importe peu. Honda développe par exemple son propre hardware. Le problème est de définir la stratégie, de développer et de tester le système électronique en situation.

Vous avez aussi rencontré des problèmes avec la nouvelle réglementation sur les moteurs, puisqu’à Phillip Island, Loris avait déjà utilisé ses 5 moteurs ?

L’équipe, les pilotes et les ingénieurs travaillent dur, mais lorsque la réglementation a été introduite à Brno, nous étions déjà en train de travailler sur l’optimisation de la performance, tout en prenant aussi en compte la fiabilité et la durée de vie. Nous avons un peu été pris de court et il s’avère que ce sont certains composants dans le moteur qui nous posent problème. Le souci, c’est qu’il y a des scellés et qu’on ne peut pas ouvrir les moteurs pour changer ces pièces. On sait quel est le problème, mais on doit attendre la fin de la saison pour le régler.

Comment Suzuki, qui est 4e au classement constructeur, a convaincu Loris Capirossi et Alvaro Bautista de signer pour 2010 ?

Pour nous, continuer avec Loris était une évidence, car tous les week-ends, il attaque à 100%, même dans les situations difficiles. Son expérience nous aide aussi beaucoup dans le développement. Concernant Bautista, nous sommes très heureux et chanceux d’avoir signé avec un jeune pilote talentueux comme lui. Ça devrait vraiment être intéressant avec tous les rookies l’an prochain : Alvaro, Simoncelli, Barbera, Spies, Aoyama. Je pense qu’en 2010, le titre de « Rookie of the Year » aura beaucoup plus d’intérêt que cette année !

Si l’an prochain, vous n’obtenez pas les résultats escomptés, est-ce que le risque que Suzuki se retire existe ?

Je pense que le risque existe pour tous les constructeurs aujourd’hui impliqués en MotoGP. Ça tient à beaucoup et peu de choses à la fois, je veux dire… où en serait par exemple Ducati si Stoner n’était pas arrivé en 2007 ? Honda est une grosse compagnie, mais ils n’ont plus gagné depuis un moment. Il y a différentes sortes de pression sur chaque constructeur, surtout en ces temps de crise économique, et la compétition n’est pas toujours la priorité. Mais l’implication de Suzuki en compétition a toujours été très forte et l’usine est consciente de l’atout majeur de son expérience en compétition pour sa production. Bien sûr, nous devons améliorer nos résultats, mais je ne pense pas que Suzuki s’arrête sur les résultats d’une saison. Leur projet est basé sur du long terme.

Ma dernière question concerne Sylvain Guintoli : Vous avez signé avec lui en BSB pour 2010, mais il roulera finalement avec Alstare en WSBK. Comment ça s’est décidé ? 

Oui, là-bas, il gagne plus d’argent (rires). En fait, ça a été un processus intéressant : Alstare a contacté l’usine, puis moi, pour savoir quelle était la situation avec Sylvain car ils étaient intéressés. On a réussi à signer un agrément qui nous convienne autant à Sylvain qu’à nous. On a discuté avec Suzuki UK et Suzuki Japon afin de trouver le meilleur compromis, pour le futur de Sylvain comme pour nous. Finalement, Suzuki Japon apporte un peu plus d’aide à Suzuki UK et cela nous permettra de faire rouler deux pilotes au lieu d’un seul. Il faut dire aussi que le salaire de Sylvain n’était pas négligeable (rires). Mais ce qu’il faut retenir, c’est que Sylvain est devenu un personnage clé pour Suzuki, qui veut vraiment le garder. Sylvain est un bon gars, un ami, et nous sommes contents pour lui qu’il ait eu cette opportunité d’avoir un guidon d’usine en Mondial.