Hervé Poncharal parle de Dovizioso, de 2012, de Bradley Smith et de la Mistral
Hervé Poncharal parle de Dovizioso, de 2012, de Bradley Smith et de la Mistral Le patron du team Monster Yamaha Tech 3 fait le point sur la saison 2012 et explique le recrutement d'Andrea Dovizioso, le prolongement de contrat de Smith et les espoirs de la Mistral en Moto2. Colin Edwards termine 9e (meilleur résultat 3e à Silverstone) et Cal Crutchlow 12e (4e à Valencia) du championnat MotoGP 2011. Es-tu satisfait de ce résultat ?
 
"Si je dis que je suis satisfait, ça peut ne pas paraître très ambitieux. Il ne faut pas oublier qu'il y avait en 2011 les top pilotes sur les top machines des teams officiels. On se bat toujours depuis plusieurs années pour être le meilleur non-factory, le meilleur team indépendant. Il est évident que Colin est toujours dans le coup, mais plutôt en stagnation, et Cal est un rookie, avec toutes les difficultés que cela représente en MotoGP. On ne s'attendait pas à faire beaucoup mieux. On n'est ni super heureux, ni déçus, on a fait ce qu'on devait faire. Il est certain qu'en 2010 Ben Spies avait fait une pole position, deux podiums et sept tours en tête à Indianapolis, mais 2011 n'est pas une déception car on s'y attendait. On aurait pu faire un deuxième podium, mais Colin a eu un problème de pompe à essence à cinq virages de la fin à Jerez. Et je suis content que Cal qui avait bien débuté, puis qui a eu beaucoup de problèmes après sa blessure de Silverstone, ait montré en fin de saison qu'il commençait à ressortir la tête hors de l'eau. Sa dernière course sur la 800 et les essais en 1000 qui ont suivi le mardi et le mercredi où il fait le quatrième temps absolu nous donnent du baume au cœur. Il aura des objectifs plus ambitieux en 2012.
 
Comment as-tu décidé Andrea Dovizioso à rouler pour Tech 3 l'an prochain ?
 
"Déjà certainement pas en sortant un gros chèque ! (rire) C'est clair parce que, et ça c'est à mettre à son crédit, il a fait un gros effort sur le plan financier. De toute façon, il n'y avait pas d'autre solution. Il a mis en avant le fait qu'il voulait rejoindre Yamaha. Je lui ai dit qu'il avait toujours roulé avec Honda, même sur la route. Il a été champion du monde 125, puis deux fois vice-champion avec une moto qui était notoirement moins performante que celle de Lorenzo, il a toujours joué le jeu de Honda. Il a eu la possibilité d'avoir une Aprilia officielle, mais il est resté fidèle à Honda. Il a ensuite atteint le Graal en MotoGP en devenant pilote officiel. Or s'il va maintenant sur une moto privée, il semble très difficile qu'il reviendra un jour dans le team officiel dont il a été évincé. Au mieux chez Honda il aura une bonne moto dans une écurie satellite, par contre chez Yamaha Lorenzo et Spies arrivent en fin de contrat fin 2012 et pour la première année des 1000cc tout le monde sera sur un relatif pied d'égalité sur le plan technique et ce sera à lui de challenger à la régulière Lorenzo et Spies. Pourquoi pas ? Il peut viser la place de pilote d'usine pour 2013. Yamaha nous supporte bien, les résultats de Ben Spies l'année dernière l'ont prouvé. Et Dovizioso pense que la Yamaha est la moto qui correspond le mieux à son style de pilotage.
 
Pour 2013, faudra-t-il à Tech 3 passer en CRT et d'autre part votre contrat avec Yamaha se termine fin 2013. Ça va faire de gros changements ?
 
"J'ai l'assurance par contrat d'avoir des M1 en 2012, mais aussi en 2013. C'est pour ça que le contrat de Bradley Smith stipule "2013 sur Yamaha M1". Maintenant, il y a des discussions relativement musclées entre tous les acteurs du MotoGP car l'aspect économique devient vital. Quand tu regardes la situation économique à la télé, tu as plutôt envie de te pendre que de faire la petite libellule au printemps ! On ne peut plus continuer comme ça.
 
Vous avez signé Bradley Smith pour 3 ans, jusque fin 2014. Ce genre d'échéance à long terme est très rare en course moto. Alors pourquoi ?
 
"Tous les pilotes qui arrivent en MotoGP, comme Cal chez nous et Bradl chez Cechinello, veulent des contrats de deux ans. Une année pour apprendre et comprendre, et une année pour montrer qu'on a compris et qu'on performe. Bradley a donc une saison en Moto2 et deux en MotoGP.
 
Es-tu satisfait des prestations des Mistral en Moto2 ?
 
"Quand on a réfléchi à une réglementation pour remplacer les 250 et qu'on a fait le Moto2,  j'ai pensé que c'était un truc pour nous, pour Guy, et qu'il fallait absolument qu'on fasse notre châssis. Beaucoup de chefs d'équipes en MotoGP avaient la nostalgie de l'époque des 500 où on pouvait faire du développement et des améliorations. Maintenant ton contrat est très clair, tu es l'équipe d'exploitation. La conception et la recherche et le développement sont faits par les usines. Tu as un matériel qui est figé et tu as juste le droit de le peindre à tes couleurs. Tu ne peux rien toucher, rien modifier. Beaucoup de techniciens étaient frustrés. On s'est donc dit qu'avec la Moto2 on allait enfin pouvoir donner libre cours à notre imagination, notre savoir-faire, notre esprit de challenge. Mais - sans gloriole - les seuls qui ont eu le courage d'y aller, c'est nous. Les autres ont acheté leur matériel chez Suter, FTR, Moriwaki, Kalex, puis ils ont peint leur moto et ils ont un travail tout à fait similaire à celui du MotoGP. Nous on a décidé de faire notre moto, ce qui nous a permis de nous équiper en hardware et software, et de donner la possibilité à nos techniciens de travailler sur 12 mois parce qu'on développe et qu'on construit pendant l'hiver. Ça te permet d'avoir une vue plus globale et d'être plus pointu. C'est pour ça qu'on a fait les Mistral et je ne ferai jamais du Moto2 autrement que comme ça. On a le "handicap" de n'avoir que notre équipe, mais on a fait un podium sous la grosse flotte à Silverstone, un sur une piste séchante en slicks à Assen et un sous la canicule au Mugello. On a une moto très compétitive, même si tous les châssis sont un peu bonnet blanc et blanc bonnet car on a le moteur CBR standard, une boîte à air standard, plus ou moins les mêmes suspensions… Mais on peut évoluer et lors des récents essais Bradley Smith et Xavier Siméon ont été impressionnés par les progrès de la machine 2012 qu'on a testée pour la première fois à Jerez. On a une bonne moto et on peut gagner, le problème est que cette année seul Bradley Smith a bien marché. Les autres constructeurs ont beaucoup de machines, nous seulement trois. Mike a eu du mal, Xavier découvrait, et on n'a pu se baser pour les commentaires que sur Bradley. On a discuté avec Bronec en fin de saison et j'aurais bien aimé qu'on trouve un deal pour qu'une deuxième équipe roule avec nos motos. Ça nous aurait fait plus de retours d'information. Pour moi notre moto est capable de gagner des courses, capable de gagner le championnat, et on n'a rien à envier aux autres."

Jeudi prochain, Hervé nous parlera du CRT... et de l'Aprilia ("Ah, ça tombe bien que tu me poses la question !")
 
Photo : Hervé Poncharal (© PSP Stan Perec)