Hervé Poncharal : ''Nous sommes les irréductibles Gaulois''
Hervé Poncharal : ''Nous sommes les irréductibles Gaulois'' La victoire de Yuki Takahashi au Grand Prix de Catalogne sur la Mistral 610 a été l'heure de gloire du team Tech3 en Moto2 l'an dernier. En 2011, l'équipe d'Hervé Poncharal engage dans cette catégorie 600 (photo ci-dessus) Mike di Meglio et Bradley Smith, désormais coéquipiers du tandem MotoGP Colin Edwards et Cal Crutchlow. Nous avons fait le point avec Hervé à la suite des récents essais hivernaux.
"Les deux séances d'essai consécutives de Valence et d'Estoril ont été différentes car à Valence on a eu 3 jours de météo très bonne et on a pu pour la première fois rouler avec la moto 2011. Tout s'est bien passé, sans être langue de bois. Pour tout le monde en début de saison, comme dans toute union, tout est toujours tout beau, tout rose et fantastique. Très sincèrement, Mike, qui est clairement le leader de l'équipe parce qu'il a déjà une saison de Moto2 derrière lui alors que son coéquipier arrive de la 125, se sent bien sur cette moto. Il m'a dit avoir essayé plusieurs châssis l'année dernière et celui-ci (Mistral 610) est celui sur lequel il se sent le mieux, ce qui nous fait plaisir. Il reprend ses marques et travaille très bien avec son équipe technique, notamment Guy Coulon."

1 heure de sec à Estoril

"On a bien travaillé : Mike a fini à peine à une seconde du meilleur temps à Valence, puis à Estoril on a eu une météo déplorable, avec énormément de pluie, de vent et peu de température sur la piste. Il n'y avait pas grand-chose à faire car ce n'était jamais vraiment sec, ni jamais franchement mouillé. Donc soit on roulait trois tours en pluie et les pneus étaient détruits, soit on utilisait les slicks et c'était hyper dangereux. En trois jours à Estoril, on a eu une heure de sec. A cette occasion, ça s'est bien passé. Mike a bien roulé. C'était un des plus rapides en piste."

La relativité des chronos hivernaux

"Il faut prendre tous ces chronos avec des pincettes, car il a été décidé par le championnat – et je pense à juste titre – de ne pas publier de résultats officiels, de ne pas utiliser de transpondeurs sur les motos, car nous n'aurons qu'à Jerez les moteurs du mondial. Les moteurs étaient ici trop différents, du stock (on en fait partie) au Supersport, et chacun roulait avec l'essence qu'il voulait. Les chronos étaient fournis par les équipes." (ndlr : avec les risques d'"erreur" que cela représente).

Mike di Meglio et son évolution

"Sa progression est intéressante. Mike n'est pas quelqu'un qui fait des chronos de folie seulement pour faire des chronos de folie. Il sort d'une saison difficile et il a besoin de retomber sur ses pieds. L'environnement humain est très important pour lui. Son style est plutôt d'y aller progressivement, tranquillement. Je le sens beaucoup plus mûr que quand on l'a "récupéré" à Valence après le dernier Grand Prix. Il était désorienté. Il y a des moments où on doute de tout… et même de soi. 

"Notre mission est de lui redonner confiance, car c'est quand même quelqu'un qui a été champion du monde. Il a du potentiel et vient d'avoir 23 ans. Il fait donc partie des jeunes pilotes français (et Dieu sait s'il y en a peu). 

"On a bien travaillé. Je suis bien content de la manière dont la moto fonctionne. Beaucoup de pilotes se sont plaints de dribble l'an dernier, y compris les nôtres. Cette année, ni Mike ni Bradley ne se sont plaints une seule fois de dribble !"

Des dixièmes en moins, des euros en plus

"Le niveau en Moto2 est incroyablement serré. Il y a déjà beaucoup de tension : on voit des pilotes qui sortent pour faire un tour chrono à l'arrachée.

"Il y a beaucoup d'intox, créée par les problèmes économiques. Certains annoncent des chronos bidon car malheureusement des discussions sont encore en cours pour finaliser des accords avec des partenaires. Et plus tu as le couteau sous la gorge, plus tu as tendance à le faire. 

"Bradley, qui a eu 20 ans le 28 novembre, m'a dit hier "Moi, j'attends Jerez. On aura tous le moteur et l'essence officiels, et des transpondeurs sur les motos, donc une idée plus précise de la hiérarchie". Même s'il est clair que les Simon, Marquez, Redding et consorts seront devant." 

La catégorie Moto2 termine sa puberté

"La classe l'an dernier se cherchait en début de saison. Il y a maintenant beaucoup plus de maturité, avec par exemple quasiment aucun problème technique sur la piste. La classe est aussi plus homogène, avec malheureusement le départ de plusieurs petits artisans châssis. Il y a une normalisation – est-ce bien ou pas, je n'en sais rien – et aujourd'hui Suter a une position ultra dominante qui pourrait nous rappeler dans un avenir très proche… ce qu'était celle d'Aprilia en 250 !" 

Poncharal, Astérix, même combat !

"C'est pourquoi il est important pour nous de continuer quoi qu'il arrive avec notre projet. Il est bon qu'il y ait des gens comme Suter qui, avec de gros moyens, peuvent fournir le plateau avec du matériel de qualité et en quantité. Chapeau bas à ce qu'à fait Suter. Par contre, il faut qu'il y ait d'autres acteurs techniques pour proposer une certaine diversité, et que ceux qui ne veulent pas être "un parmi tant d'autres" aient le choix. Nous, on est les irréductibles Gaulois."

Photos PSP Stan Perec. 

Victoire à Barcelone avec Takahashi


A Indy, avec Ben Spies & Colin Edwards