Neil Hodgson essaie la Ducati MotoGP d’Andrea Iannone : « J’ai été jeté dans la fosse aux lions »
MotoGPNeil Hodgson essaie la Ducati MotoGP d’Andrea Iannone : « J’ai été jeté dans la fosse aux lions » Neil Hodgson a testé la Desmosedici de Iannone pour MCN, mais ce n’est pas pour autant un journaliste classique. Neil a remporté le Championnat du Monde Superbike en 2003 sur Ducati, participant à 147 courses entre 1996 et 2003 au sein des équipes Ducati Racing ADVF, Kawasaki Racing, GSE, HM Plant Racing et Ducati Fila, gagnant 16 d’entre elles, montant 41 fois sur le podium, réalisant 16 pole positions. 
Hodgson a également couru deux saisons en GP 125, une en 500 (sur ROC Yamaha) et une en MotoGP (Ducati d’Antin). Il sait donc ce que piloter une moto veut dire. Neil a eu l’occasion exceptionnelle d’essayer en pleine saison la GP16 (157 kg, 270 chevaux) du Maniac à Misano en septembre.
 
« J’ai roulé sur toutes les dernières Superbikes pour MCN, mais rien ne m’avait préparé à cela. J’étais extrêmement nerveux, non seulement parce que je conduisais une machine récemment victorieuse en MotoGP, mais aussi parce que je roulais pendant un test officiel de MotoGP avec Aprilia, Ducati et KTM.
 
«J’ai roulé ces six dernières années avec un changement de vitesses de route (première en bas, cinq en haut), alors que sur cette moto - à cause de la boîte de vitesses seamless – c’est l'opposé. En fait, ce sont six vers le bas avec le point mort tout en haut qui ne peut être engagé qu’en tirant sur un levier spécial. Par conséquent mon cerveau était hyper concentré pour me rappeler de ne pas aller dans le mauvais sens et risquer d’exploser le moteur avec un changement vers le bas quand j’aurais dû changer vers le haut. Cela aurait été une mauvaise façon de commencer le test…
 
« Vous vous attendez à ce que la moto soit agile, qu'elle descende vers l'intérieur du virage et que vous rouliez sur le vibreur intérieur. Mais ce n’est tout simplement pas comme ça. Il est très difficile de tourner – quand je suis arrivé dans le virage quatre, j’ai pensé que j’allais sortir à l'extérieur de la piste.
 
« Le MotoGP a changé. Par rapport à quand je courais, les motos ont beaucoup plus de puissance et la légèreté a été sacrifiée. C’est un nouveau genre de pilotage, plus physique. En tant que pilote, je suis assis sur la moto, mais si vous roulez sur cette Ducati comme ça, tout simplement elle ne tourne pas. Maintenant, vous avez besoin de la partie supérieure de votre corps. Je ne suis pas habitué à rouler avec ma tête sous mon demi-guidon intérieur, mais c’est la technique que vous devez utiliser pour obtenir de la moto qu’elle tourne. La GP16 est si longue et basse qu’il n'y a pas de transfert de masse lorsque vous roulez à ma vitesse - et ça ne fait qu'aggraver la situation.
 
« La puissance est gigantesque. Au moment où vous voyez la sortie du virage et ouvrez les gaz, vous êtes au paradis. C’est exactement comme ça que j'ai toujours voulu qu’une moto soit. La sensation est incroyable. J'ai couru en WSBK et MotoGP, et à l'époque c’était une bataille constante pour garder la roue avant sur le sol. J’ai passé ma carrière littéralement à grimper sur l’avant de la moto et en freinant de arrière pour arrêter les wheelies.
 
« Cette moto est différente. Une fois que vous comprenez l’adhérence dont vous disposez et faites confiance à l'électronique, vous pouvez être très agressif avec l'accélérateur. Vous pouvez aller directement à 100% de la puissance en sortie de virage. Mais ce n'est pas physique, vous vous asseyez juste là avec le flottement de la roue et la poignée des gaz soudée. La performance est absolument époustouflante.
 
« Lorsque vous accélérez, ça donne une sensation de glisse ou un sentiment que l'avant surfe sur la piste, je ne sais pas comment l'expliquer. En raison de la boîte de vitesses seamless, vous n’avez pas de rebond de la roue avant lorsque vous changez de vitesse. Ce n’est pas une sensation de wheelie, l’arrière accroche et vous propulse vers l'avant plus vite que je ne l'ai jamais été. L'électronique vous donne la confiance nécessaire pour aller à 100% de la puissance et alors qu'elle contrôle clairement le patinage, il n'y a absolument aucune sensation de retenue. Juste une accélération comme rien d'autre sur terre.
 
« Vous devez rentrer tard, prendre un point de corde tardif, virer, puis accélérer. Elle se comporte comme un dragster, de sorte que la clé est de tirer le meilleur parti des lignes droites. Honnêtement, je me suis retrouvé à sourire dans mon casque chaque fois que j’étais dans une ligne droite. Même lorsque vous passez les vitesses tôt, la puissance est incroyable.
 
« Je pouvais sentir le pneu en mouvement et j'ai eu quelques glissades, mais je ne sentais pas le contrôle de traction entrer en action, même si quand j’ai regardé les données avec les ingénieurs ils ont dit que je l'utilisais beaucoup. Le pneu avant était différent - honnêtement, je ne sentais jamais ce que le pneu avant faisais car je ne poussais jamais assez. C’est également la moto la plus stable au freinage que je n’ai jamais pilotée.
 
« La position de conduite est incroyablement à l'étroit parce que les repose-pieds sont si haut et si loin en arrière pour obtenir la garde au sol nécessaire pour que ces gars-là puissent pencher la moto à plus de 60 degrés. J'ai eu des crampes en quelques tours, crampes dans des endroits où je n’avais jamais eu une crampe à moto. Des crampes dans l’arrière de mes jambes comme vous en obtenez lorsque vous êtes déshydraté après une grande nuit, et des crampes dans les tibias. Qui a des crampes dans les tibias ?
 
« La moto entière semble très étrangère. Les motos de route de nos jours sont si bonnes, si faciles à conduire, or cette moto ne l’est pas. Avec ma S 1000 RR que j'utilise pour les journées circuit, je serais beaucoup plus rapide sur un tour.
 
« La moto et le réservoir sont si étroits et petits qu’il n'y a aucun endroit où vous appuyer et rien pour vous soutenir. Beaucoup de cela est venu de Stoner qui a eu une importance massive dans le changement de la forme de la moto. Le seul endroit qui est grand est la selle. Elle agit comme une plate-forme et même lorsque vous pensez que vous êtes penché, vous n'êtes même pas sur le bord de la selle.
 
« A la fin de mon premier run de cinq tours j'étais excité, mais aussi confus. Puis, après le deuxième, j’avais un mélange d'émotions et j’ai tristement constaté que je ne pouvais pas piloter la GP16 comme elle devait l’être. En 2003, j’étais au sommet de mon art et Champion du Monde Superbike, mais à l'époque je ne connaissais pas mon niveau de pilotage. Je roule encore beaucoup, mais lors de ce test, j’ai été jeté dans la fosse aux lions et ai découvert que je ne pouvais pas faire mieux.
 
« En termes de temps au tour, c’était embarrassant - j'étais hyper loin. Maintenant, je comprends vraiment à quel point les gars en MotoGP sont bons. Les trois pilotes généralement proches de l'arrière sont Tito Rabat, Alvaro Bautista et Stefan Bradl et ils sont tous Champions du Monde. Piloter ces motos est ainsi, si difficile.
 
« Après cinq tours, je respirais comme si j’avais sprinté un kilomètre, à travers un mélange d'adrénaline et de retenir mon souffle. Je roulais comme quand ce fut ma première fois sur une moto de motocross et je faisais littéralement tout ce que je dis à mes élèves de ne pas faire quand je leur donne des cours. J’avais le syndrome des loges des cheveux aux orteils !
 
« Quelle expérience ! Ce fut un de ces moments où vous appuyez sur « enregistrement » dans votre cerveau et essayez juste de tout faire rentrer dans votre mémoire. »
 
Source et photo : un grand merci à Neil Hodgson, Ducati et MCN